Les Matières, Le monde des Tissus

Tout Savoir sur les Viscoses – Haute Couture, Sciences Naturelles, Chimie, et Écologie

L’objectif de ce post est de vous expliquez la viscose, du début: l’arbre à la plus belle fin: la haute couture. De la couvrir sous tous les angles. Objectivement et sans parti-pris.

Vous allez d’ailleurs sans doute apprendre que la viscose est un plastique végétal.

Qui suis-je?

Je m’appelle Polina. Je suis une Artisane créatrice d’accessoires de mode.

Avec plus de 200 tissus à votre disposition. Haut de gamme, en matières naturelles (coton, laine, soie, lin).

Cet article est pour partager ce que j’ai appris, avec l’espoir que cela vous incite à découvrir mon univers créatif et mon savoir-faire.

Résumé

  • Au niveau textile, la viscose est une matière objectivement très agréable à porter avec un compromis spécifique entre légèreté, douceur, soyeux, respirabilité, avec un toucher qui reste sec, même par temps humide. Globalement, elle est aussi bon marché, et se teint très bien. Son relatif point faible est la solidité: elle résiste beaucoup moins aux lavages répétés que le coton ou le lin. A contrario, elle n’a ni l’élégance de la soie, ni le confort du coton.
  • Mondialement, les viscoses représentent environ 7% des fibres textiles utilisées, en 3ème position, mais loin derrière le coton (env. 1/4) et le polyester (env. 1/2). Elle est essentiellement produite en Chine (env. 2/3 de la production mondiale), devant l’Inde, l’Indonésie et l’Europe (cc. 10% chacun).
  • La viscose est fabriquée à partir d’une transformation chimique et mécanique de la cellulose, qui est le premier constituant des cellules végétales.
  • Comme les procédés “viscose” se sont sophistiqués, on est aujourd’hui capable de transformer un arbre ou arbuste pour en faire des éponges végétales, des fibres absorbantes dans les tampons hygiéniques, des filtres à cigarette, des “boyaux” à charcuterie, …. mais aussi des chemises, des pulls tricotés, ou de luxueuses robes de soirée.
  • Derrière le mot viscose, il y a maintenant en fait différents procédés de fabrication, qu’on connait sous des noms comme viscose évidemment, mais aussi lyocell, cupro, modal, cellophane, fibranne, … Et si l’acétate n’est pas une viscose stricto-sensu, il en est très proche (utilisation d’un autre acide). Ces procédés impactent notamment la solidité, la résistance à l’eau, le rendu (plus ou moins lustré) … et l’environnement.
  • En matière d’habillement, il y a eu de tels progrès, qu’aujourd’hui, on peut tout faire ou presque avec de la viscose, avec des résultats spectaculaires en haute couture, techniquement et esthétiquement.
  • Le gros point noir de la viscose est l’ensemble de ses impact négatifs sur l’environnement:
    • cause de déforestation ou remplacement d’éco-systèmes entiers par des mono-cultures,
    • utilisation et rejet de produits chimiques dangereux, corrosifs et/ou toxiques, sous forme solide, liquide et gazeuse;
    • forte consommation d’eau et surtout d’énergie.

Sachant qu’à la pollution du fabricant de viscose s’ajoute celles en amont, de ceux qui fabriquent les “consommables”: exploitations forestières dédiées (bambou, eucalyptus, …), industrie chimique, géants mondiaux de la pâte à bois (l’américain Rayonier, le brésilien Bracell, le sud-africain Sappi).

L’absence de résidus toxiques sur les vêtements n’est pas garantie, sauf en cas de certification Oeko-tex.

Canopy, une association à but non lucratif, audite les fabricants de viscose qui l’acceptent, et en publie chaque année un rapport très estimé. Attention à bien interpréter: on peut avoir une moyenne générale de A (marquée par une chemise vert foncé), tout en ayant un C ou D sur l’utilisation et les rejets de produits chimiques … Parce que les priorités de Canopy sont la préservation des forêts et le lobbying, et d’ailleurs, ils n’intègrent pas non plus l’énergie, le bilan carbone, l’amont et la sous-traitance (fabricants de pâte à bois, industrie chimique, …). Reste que c’est une association qui fait clairement avancer la filière dans le bon sens.

La viscose est bio-dégradable, mais pas recyclable. La viscose dite “recyclée” est faite à partir de coton recyclé et de pâte à papier.

Il n’y a aucune viscose biologique, ou écologique, ni même qui mérite d’utiliser un de ces mots. Au-delà du marketing, elle peut juste être simplement plus éco-responsable, ce qui signifie concrètement moins néfaste pour l’environnement. A noter néanmoins l’espoir crée par une jeune start-up finlandaise: Spinnova.

Pour en apprendre plus, reportez-vous aux différents paragraphes, et surtout, n’hésitez pas à poser des questions ou à demander des précisions.

 

Quelques préalables pour bien se comprendre

La différence entre fil, fibre et filament

Les fibres de coton, qu’on utilise dans le textile, mesurent entre 1 et 5cm. En les tordant ensemble, on fait un fil qui peut faire quelques kilomètres de long. Il n’y a pas de colle, et ça reste un assemblage de petits “poils”, tenus ensemble par la force de la torsion.

Un filament de soie mesure entre 500m et 1500m. C’est donc incroyablement plus long que le coton. On dit filament parce que c’est naturel, très long et fin. Et on fait les fils de soie en torsionnant ensemble plusieurs filaments.

Quand on fabrique une fibre artificielle ou synthétique, on peut lui donner la longueur qu’on veut.

Moralité: dans un fil de fibres courtes, la matière n’est “liée” sur quelques centimètres. Dans un fil de filament, c’est sur 1km, voire plus. Et dans le synthétique / artificiel, c’est quasiment à volonté.

Le distingo synthétique / artificiel

Une matière dite artificielle est fabriquée à partir d’ingrédients naturels, qui sont ensuite transformés mécaniquement et chimiquement. Y compris par des “trucs” qui n’ont rien de naturel. Et même si la molécule finale diffère de la molécule de départ.

Une matière synthétique est entièrement issue de laboratoires et d’usines. C’est le cas des polyesters, polyamides, acryliques, etc.

Un peu de Science et de linguistique

Littéralement, un plastique est une matière qu’on peut mouler. Ce n’est pas forcément lié au pétrole, mais il y a le plus souvent une opération physique et/ou chimique pour l’obtenir, et/ou en faire quelque chose.

Il ne faut pas confondre plastique avec élastique. Une fois moulé, le plastique garde sa forme; c’est le cas d’un verre ou d’une boite. Une matière élastique se forme et se déforme, c’est le cas par ex. d’une gomme.

Tous les plastiques sont ce qu’on appelle des polymères. Ça vient du grec, et signifie plusieurs parties. En simple, c’est une énorme molécule composée d’un assemblage de plein de molécules. Mais tous les polymères ne sont pas forcément des plastiques: parmi les polymères, on peut citer votre ADN, les protéines, l’amidon, … ces “trucs” plus longs à digérer parce qu’il faut les re-découper en molécules plus simples (acides aminés pour les protéines et glucose pour l’amidon). C’est aussi la cas partout où l’on retrouve la racine poly: polyamide, polyuréthane, PVC (Polychlorure De Vinyle), le téflon (PTFE: polytétrafluoroéthylène), etc.

Un polymère majeur est la cellulose. C’est le principal composant des cellules des végétaux. C’est avec cette matière qu’on fabrique notamment du papier. C’est une molécule très complexe, qu’on peut appeler fibre, si complexe que l’homme ne peut pas la digérer, contrairement à la vache, qui y arrive grâce à un estomac spécial à 4 poches.

C’est quoi la viscose?

La viscose est une fibre d’origine végétale, découverte à la fin du 19ème siècle par 2 Français, et qu’on a d’abord appelé soie artificielle ou rayonne. De fait, les premières viscoses s’apparentaient à ce qu’on appelle aujourd’hui Cupro (ou Bemberg), souvent utilisé en doublure dans les vestes:

Après la 2nde guerre mondiale, compte-tenu des graves problèmes sanitaires (santé des employés et pollution) engendrés par la production “traditionnelle” de viscose, les process se sont à la fois améliorés et diversifiés. D’abord en Europe. Puis en Amérique du Nord (suite à des procès dans les années 90). Quant aux sites de production traditionnels, ils ont été “déplacés”, dans des pays …. moins regardants (Chine, Indonésie, Inde, …).

De fait, maintenant, il y a plusieurs types de viscoses, qu’on verra en détail ci-dessous. Avec un principe commun, très simple: toute viscose se fabrique à partir de cellulose, extraite de végétaux (arbres ou arbustes), qu’on va d’abord dissoudre, puis recomposer différemment, grâce à des actions physiques, et principalement chimiques.

Dit autrement, on abat des arbres -en forêt sauvage ou en culture- pour en faire des copeaux. Qu’on va purifier et transformer en une pâte visqueuse type pâte à papier … dont on va faire un boudin … et qu’on va étirer et sécher pour en faire un filament. Grosso-modo.

L’étymologie du mot viscose fait référence à la première étape: viscose signifie litt. glucide visqueux, -ose étant le suffixe qu’on utilise en chimie pour désigner les “sucres” (fructose = sucre du fruit, lactose = sucre du lait, etc.).

Avant de voir les différentes viscoses, voyons d’abord sa source: la cellulose.

C’est quoi la cellulose?

La cellulose est le principal composant des cellules végétales. Et ça représente environ la moitié de la matière vivante sur Terre.

Une plante le fabrique pour se développer, en captant le CO2 (dioxyde de carbone), et en le transformant par photosynthèse. Dans le cas des arbres, pendant plusieurs années, ou plusieurs décennies, voire plusieurs siècles.

La cellulose que vous connaissez le mieux est certainement la fibre de coton, où elle se trouve dans un état quasi pur (90 / 95%).

Dans un arbre, sa teneur varie aux alentours de 40 / 50%. Les 2 autres composants importants sont la lignine et l’hémicellulose. La lignine, c’est ce qui amène la rigidité, et elle a un pouvoir anti-putréfaction. L’hémicellulose aide à agglomérer le tout.

Au-delà de son utilisation comme fibre textile et originellement comme bois de chauffage, la cellulose est très utilisée. D’abord pour faire papier et cartons. Puis des adjuvant alimentaire, du bio-carburant, de la ouate, des isolants thermiques, des films type cellophane, … ce n’est pas vraiment le cas de la lignine, qui, en outre, est aussi très résistante, colorée, et difficile à dégrader. C’est donc une succession de procédés physiques et chimiques (cf ci-après) qui vont transformer le bois en fibre blanche, comme ceci:

Ce qui différencie la viscose des autres fibres

La viscose vient donc de la cellulose. Et la cellulose est un polymère, i.e. une gigantesque molécule formée par le regroupement d’un énorme nombre de molécules … de sucre (D-glucose).

La soie est d’origine animale, c’est une fibre protéïque (donc pas un sucre / glucide). Elle donne un filament mesurant entre 500 et 1500 mètres.

Le lin est ce qu’on appelle une fibre libérienne. C’est celle qui entoure la tige de certaines plantes, comme le lin, le chanvre, l’ortie, mais aussi la glycine, le saule, le tilleul, … Elle est à la fois souple, douce, solide, avec une certaine tenue / rigidité, qui fait qu’elle peut se casser (ce qui peut donner ces plis permanents qu’on connait sur le lin).

Le coton, c’est de la cellulose pure à 90-95%, qu’on utilise telle quelle. Et dont la fibre fait quelques centimètres de long. C’est à la fois très léger, très aérien, et peu solide.

La viscose, quelque part, c’est une cellulose qu’on va transformer en quelque chose entre la cellophane et le coton, plus ou moins solide, plus ou moins brillant. Et dont on peut choisir la longueur et le diamètre … pour s’approcher du coton, de laine, de la soie, etc.

Ce qu’on fait de magnifique avec la Viscose, en Haute Couture

Au-delà des classiques pantalons, robes et jupes d’été, voici quelques créations de grands couturiers. L’idée étant ici de montrer la diversité de ce qu’on peut faire en viscose … dans le mat ou le brillant, l’élégant ou le douillet, le simple ou le raffiné, …

Toutes, ci-dessous, contiennent au moins 90% de viscose.

En fait, il y a eu de tels progrès, sur la fibre, le filage, et le tissage, qu’aujourd’hui, tout est possible ou presque. Avec une qualité d’éxécution parfois bluffante.

Culotte – Dior
Chemise – Gucci
Robe – YSL
Pull Tricoté – D&G
Satin de Viscose – Stella Mc Cartney
Velours de Viscose – Jil Sander
Maille de Viscose – Missoni
Viscose en Smocks – Dries van Noten
Satin de Viscose – Tom Ford
Crêpe Cady de Viscose – Alberta Ferretti
Tricot de Viscose – Fendi
Viscose Jacquard – G. di Morabito

Les Différentes Viscoses

L’originale: le Cupro

Pour produire cette forme de viscose, on plonge la cellulose dans un bain contenant des sels de cuivre et de l’ammoniac. Puis dans un bain de soude caustique. Cette pate visqueuse va ensuite être filéee, sur un procédé genre “barbe à papa”. Puis, on va procéder à différents bains, pour enlever le cuivre et l’ammoniac; et puis pour neutraliser le tout avec de l’acide sulfurique.

Ce procédé est aujourd’hui interdit dans de nombreux pays, du fait de ses impacts particulièrement négatifs sur l’environnement et de ses dangers intrinséques. On en fabrique toujours (par ex. en Chine ou en Inde). Et on l’utilise toujours partout dans le monde.

La principale

C’est une méthode proche de la précédente, avec un autre agent actif.

Comme précédemment, on plonge la cellulose dans un bain de soude caustique, mais cette fois avec du disulfure de carbone, ce qui donne une sorte de sel (xanthate). Qu’on neutralise ensuite à l’acide sulfurique. A la fin, on obtient une matière qu’on va filer (viscose), ou étaler pour obtenir de la cellophane, qu’on utilisera par ex. pour faire des rubans adhésifs ou des emballages alimentaires.

Problème: le disulfure de carbone est neurotoxique, et très volatile.

La viscose modifiée (Modal)

Ici, on ajoute une étape supplémentaire, qui va consister à étirer la viscose, pour permettre un meilleur alignement des molécules, et ainsi, renforcer la solidité du fil, y compris dans l’eau. Avec pour autres avantages d’annihiler le risque de rétrécissement, d’éviter le peluchage, et de mieux résister aux frottements. Tout en gardant une texture douce et soyeuse.

Le Lyocell

La viscose lyocell utilise un autre solvant, au nom savant (N-oxyde de N-méthylmorpholine), qui a l’avantage de ne pas être toxique. Elle est également étirée, et donc plus solide, y compris en présence d’eau.

On présente souvent le lyocell comme quelque chose de “naturel”, plus sain, voire écologique. C’est plutôt propre à la fin, mais ce faisant, on occulte son gros inconvénient: contrairement aux précédents, il nécessite une sorte de pâte à papier, i.e. de la cellulose “nettoyée” de sa lignine et de son hémicellulose. Or, ce process crée de nombreux problèmes environnementaux, et nous avons là une pratique classique: affirmer qu’une entreprise X est respectueuse de l’environnement, en occultant qu’elle sous-traite les parties gênantes à d’autre entreprises.

L’acétate (de cellulose)

L’acétate n’est plus considérée comme une viscose, du fait de l’utilisation d’acide acétique. Ceci étant, les principes de fabrication sont comparables.

Les avantages spécifiques de l’acétate sont d’avoir un aspect lustré, d’être peu couteuse à fabriquer. En confection, on l’utilise principalement pour faire des doublures, des satins, du moiré, … ou en mélange avec d’autres matières (soie, coton, laine, …) pour réduire le froissage et les coûts, pour améliorer la stabilité d’une pièce, son drapé, son temps de séchage.

Au-delà des vêtements, on utilise ses qualités plastiques pour faire des lunettes, des cartes à jouer, etc.

La fibranne

Vu de loin, pour fabriquer une viscose, on part d’une épaisse soupe de cellulose, qu’on file et qu’on sèche. Et à la fin, on se retrouve avec un long et fin “boudin”.

Maintenant, on sait aussi fabriquer et utiliser des “poils” de viscose, c’est à dire concrètement des fibres courtes de viscose. Cela permet de se rapprocher, au niveau visuel voire tactile, de ce qu’on peut obtenir avec du coton, du lin, ou de la laine.

Ce qu’on appelle fibranne est tout simplement une viscose à “fibres” courtes.

Les Qualités de la Viscose

En résumé, la viscose, c’est avant tout des sensations uniques -à la vue et au toucher-, avec de belles couleurs.

La viscose est un matériau clairement différent des autres. Quelque part, une sorte de compromis, avec une douceur qui la rapproche du coton, un soyeux / lustré qui la rapproche de la soie, un drapé et un aspect lisse et glissant qui la rapproche du nylon, un toucher sec qui s’approche du lin. On peut ajouter que c’est une matière qui se colore très bien et donne de jolis plis. Et qu’on peut la façonner de différentes façons, pour obtenir des rendus plus proches du coton, ou du lin.

Comme la cellulose, c’est un matériau léger, et plutôt aérien. Avec un toucher qu’on peut qualifier de sec, même quand il fait chaud et humide. Ceci tient au fait qu’elle absorbe l’eau et l’humidité. Même s’il est aussi composé quasiment exclusivement de cellulose, le coton n’a pas les mêmes qualités; ceci tient au fait qu’un vêtement en coton est composé de milliards de fibres de coton, de petite longueur (cc. 4cm) et de très faible diamètre (10 / 20 microns), et l’eau se loge aussi dans tous les espaces entre ces fibres. Par rapport au lin, son avantage est d’avoir une bien meilleure tenue, et de se froisser moins facilement.

Je trouve toujours intéressant de regarder ce que font les grands couturiers. Que peut-on remarquer dans le cas de la viscose?

  • c’est une matière beaucoup plus féminine que masculine (les pièces masculines en pure viscose sont beaucoup plus rares)
  • seule, elle est le plus souvent utilisée sur des pièces d’été (robe, chemise, pantalon, jupe, …)
  • elle est souvent associée au coton, à qui elle ajoute une touche de raffinement; ou à la soie, à qui elle ajoute une touche de simplicité … et dont elle contribue à diminuer le coût global.

Les Limites de la viscose en Habillement

Il y a 2 choses qu’on évoque avec la viscose qui sont fausses, en tout cas fausses dans l’absolu et qu’il faut relativiser.

L’avantage anti-froissage est relatif. Même si on compare au coton, c’est aussi une question de qualité de matière, de fil, et de tissage. Plus concrètement, un bon coton (longues fibres), bien filé et bien tissé n’est pas facile à froisser. Et une viscose avec un tissage de qualité moyenne faite vite “torchon”.

On peut aussi lire que c’est solide ou résistant. Dans l’absolu: une fibre de coton, mettons, c’est 4cm de long, et sur 20 microns de diamètre. Une filament de viscose, c’est comme on veut, c’est une question de réglage des machines, et il y a là un avantage théorique à la viscose. Maintenant, si on se place du point de vue de la solidité à l’usage: les clients les plus exigeants sont probablement les hotels hauts de gamme, où le drap doit être au niveau attendu, tout en étant compatible avec un nettoyage fréquent et sans reproche. Là, vous ne verrez pas de viscose, juste du coton. L’enjeu spécifique? La viscose se fragilise quand elle est humide, alors que le coton humide est plus solide que le coton sec.

Dernier élément: si la viscose est bio-dégradable, elle n’est pas recyclable. Et en ce sens moins durable que le coton ou le lin, à qui on peut donner d’autres vies.

Les Inconvénients environnementaux liés aux viscoses (et à la pâte à papier)

La production de viscose est très critiquée pour plusieurs raisons qui s’additionnent les unes aux autres:

  • déforestation (la cellulose provient essentiellement des arbres)
  • destruction d’éco-systèmes (quand on remplace tout un environnement naturel, avec la diversité de sa faune et de sa flore, par la monoculture d’une espèce d’arbre)
  • utilisation de produits corrosifs (acides et basiques), et/ou toxiques
  • forte consommation d’eau et surtout d’électricité, avec un très mauvais bilan carbone
  • gestion souvent problématiques des déchets, dans l’eau et sous forme solide, mais aussi dans l’air.

La viscose part de cellulose d’arbres. Même si prend une plante à croissance rapide … un eucalyptus, c’est environ 2m par an. Donc 20m, c’est 10 ans. Et souvent, on abat des arbres qui ont plusieurs décennies, car c’est plus rentable et plus productif. Ce qui aboutit à une déforestation progressive soit parce qu’il y a moins d’arbres … ou de moins en moins de gros arbres. Ce qui s’ajoute aux causes de réchauffement climatique. Cette destruction d’arbres de quelques décennies est une différence notable avec le coton ou le lin, qui repoussent pareil tous les ans.

Plus loin, il y a le problème qu’aucune norme ou label ne s’est imposé pour la préservation des forêts. Le référentiel allemand FSC (Forest Stewardship Council) a le mérite d’exister, mais les preuves de son inefficacité s’accumulent. La certification Suisse PEFC (Programme de Reconnaissance des Certifications Forestières), originellement plutôt pour les parcelles européennes (beaucoup plus “minuscules” en moyenne que celles aux USA, en Amérique du Sud ou en Asie), est très bonne sur le papier, mais souffre d’un déficit de contrôles. Le SFI américain (Sustainable Forestry Initiative) n’a pas de norme stricte sur la préservation en qualité et quantité, permet la création d’exploitation en milieu sauvage, l’utilisation des produits chimiques (fongicides, herbicides, engrais), etc.

Dans le cas de la pâte à papier (utilisée pour le lyocell), les enjeux sont comparable (produits chimiques dangereux, forte consommation d’eau et d’énergie, hautes émissions de carbone, etc). Avec en plus, la production de déchets toxiques (notamment chlorés), et autres qu’on ne sait pas utiliser (lignine). Derrière le lyocell, comme évoqué, c’est la pratique classique: l’usine finale peut être relativement propre … mais elle travaille à partir de produits purifiés par d’autres.

Canopy, une association à but non lucratif Canadienne, audite les fabricants de viscose qui l’acceptent (soit les 3/4), et en publie chaque année un rapport très estimé. Ceci étant, il faut bien en interpréter les résultats:

  • La finalité de Canopy est la protection des forêts, notamment des sites protégés ou à risque;
  • On peut avoir une moyenne générale de A (marquée par une chemise vert foncé), tout en ayant un C ou D sur le risque chimique;
  • l’analyse du danger chimique est plus légère, par rapport à ce que peut exiger un GOTS par exemple (seuils chiffrés, listes positives et négatives, intégration de la filière dans son ensemble, etc.);
  • le bilan carbone et l’externalisation des opérations à risque (exploitation forestière, pâte à bois / papier, …) ne sont pas inclus.

2 entreprises ont donc un A en moyenne générale, avec respectivement un C et D sur la pollution chimique: la première est un conglomérat indien: Aditya Birla Group, via une filiale: Birla Cellulose; et la seconde est une entreprise autrichienne: Lenzing AG, qui commercialise le Tencel et a repris le Lyocell. Lenzing est une entreprise qui veut -et doit- s’améliorer, mais concrètement, elle ne vise pas la neutralité carbone avant 2050, alors qu’on est sur 2035 pour la fin des voitures thermiques.

NB: quand vous regardez le bilan de Canopy, en cliquant sur le nom de l’entreprise, vous pouvez voir les grandes lignes de l’audit. Si le sujet vous intéresse, je vous recommande de le faire, c’est très instructif.

Avec tout cela, on estime qu’environ la moitié de la viscose mondiale est devenue relativement “correcte” sur leurs pratiques en matière de bois / forêt, tout en restant médiocre et mauvais sur les autres risques. Et l’autre moitié pose toujours problème. Ceci étant, il faut souligner le rôle moteur très fort que joue Canopy pour effectivement améliorer les pratiques.

A propos de Lenzing AG.: leur fibre la plus respectueuse de l’environnement s’appelle Ecovero, et leur propre présentation est objectivement à la fois un verre à moitié vide et à moitié plein:

Jusqu’à -50% d’impact sur l’eau … Donc il en reste au moins 50%, non?

Eaux nettoyées avant rejet … OK, mais que fait-on avec ce qui a été filtré / retiré?

Et au-delà d’Eco-Vero, ça dit qu’ils rejettent des eaux non purifiées pour d’autres viscoses et / ou dans d’autres sites de production.

Et au-delà du danger chimique, un gros point noir non évalué reste: la forte consommation énergétique et le bilan carbone. Qu’il faut voir pour la filière dans son ensemble, et pas seulement sur l’usine finale.

A noter: l’entreprise finlandaise Spinnova, qui a découvert un moyen de transformer la cellulose en fibre textile de manière mécanique, et donc sans utilisation de produits dangereux. Suite aux résultats de leurs tests en usine pilote, ils ont annoncé, en 2021, la création d’un site de production à échelle industrielle.

Dernier point à mentionner: contrairement aux fibres synthétiques, la viscose est biodégradable. Par contre, elle n’est pas recyclablece qu’on appelle viscose recyclée est généralement fait à partir de coton recyclé et de pâte à papier … transformés en viscose.

Conclusion Personnelle

Sur le fond, il y a un seul aujourd’hui. Et il y aura des millions de lendemains.

Acheter aujourd’hui une pièce en viscose n’aura pas d’incidence sur votre futur proche. Si ce n’est l’agréable sentiment de se faire plaisir, de plaire.

Si beaucoup de gens le font, on peut commencer à s’interroger. Et si beaucoup le font souvent, encore plus.

Mais in-fine, la question est aussi celle du monde qu’on veut laisser à nos enfants.

A mon avis, il faut limiter au maximum les achats de viscose, la considérer uniquement pour ses qualités spécifiques, ou mélangée avec d’autres matières, uniquement là où il n’y a pas d’autre option. Et si possible, parce que c’est aussi une question financière, privilégier les viscoses des fabricants les plus engagés dans la préservation de l’environnement.

 

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