Le Japon

Tissus, Japon et Impressionnisme

Le montage ci-dessous représente 2 auto-portraits de grands artistes, réalisés en 1650. A gauche, celui de Nicolas Poussin, maître de la peinture française du 17ième. Et à droite celui d’Iwasa Matabei, considéré comme le père de l’estampe japonaise. Les différences sautent aux yeux.

2 siècles plus tard, cela n’a pas vraiment changé. A gauche, un auto-portrait de Gustave Courbet, réalisé en 1842. A droite, une estampe d’Utagawa Hiroshige, réalisée par son ami peintre Kunisada Utagawa. Tous les 2 sont de la même époque, et dans la même veine que leurs prédécesseurs. Et toujours aussi différents l’un de l’autre.

A partir de la fin du 19ième, tout change complètement, que ce soit en France comme au Japon.

En effet, à partir de 1853, le Japon subit des pressions -diplomatiques, commerciales et militaires- pour s’ouvrir au reste du monde. Le changement est entériné à partir 1854, avec le traité de Kanagawa. Le Japon quitte la période dite « Edo », pour entrer dans l’ère dite « Meiji ».

En cette fin de 19ième siècle, en France, après les périodes romantique (Delacroix, Géricault, …) et réaliste (Corot, Courbet, …), commence celle des impressionnistes et l’art nouveau. Que l’on parle de Degas, Pissaro, Monet, Van Gogh, Manet, Toulouse-Lautrec, ou Gauguin, tous seront fortement influencés par l’art japonais de l’estampe, si différent.

En voici un exemple avec cette estampe d’Hiroshige (une des 53 stations du tōkaidō), dont la composition est si éloignée de nos règles classiques, avec ce gros bout de tronc au 1er plan, ses arbres penchés … et dont on peut se demander: c’est quoi le sujet?

Les exemples abondent, foisonnent. En voici 3 paires: les iris d’Hokusai et Van Gogh; la grande vague d’Hokusai et le bec du Hoc de Seurat; un acteur de Kabuki par Toyokuni et un portrait d’Adèle de Klimt.

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Il y a évidemment des différences liées à la technique (peinture à l’huile et au pinceau sur toile d’un côté – peinture à l’eau imprimée sur papier de l’autre). Mais au-delà, voici ce que l’estampe a apporté à la peinture occidentale:

  • les aplats de couleurs
  • des points de vue totalement inhabituels
  • des vues simples sur le quotidien (et non l’exceptionnel, le rare, le fabuleux, ….)
  • une faible profondeur de champ (image plutôt plate)
  • la faible ou non-utilisation du contraste lumineux
  • les contours nets, noirs
  • l’utilisation des pentes (ex. classique = arbres penchés), et souvent d’une diagonale
  • l’absence de sujet ou de cette fameuse unité de temps / lieu / action (ex. classique = les personnages ne regardent pas dans la même direction)
  • une palette de couleurs différentes
  • des compositions non « mathématiques ».

Concernant les maths, la peinture classique avait une approche géométrique. Ce qui n’est pas le cas au Japon (cf jardins, bouquets de fleurs, … et même dans une simple devanture de magasin d’aujourd’hui):

  • il y a pas la perspective.
  • il n’y a pas de symétrie. Le fait est que la nature n’est pas symétrique.
  • Les éléments ne sont pas proportionnels. Soit pour mettre une emphase (cf la tête ci-dessus dans l’acteur de Kabuki). Soit parce que ça rend l’objet plus évident, plus clair, plus joli … ou le contraire d’ailleurs. Soit parce que cela crée du mouvement. Etc.

En bref, dans l’approche japonaise, d’autres valeurs importent plus que la géométrie (comme l’intention, l’émotion, le mouvement, la clarté, l’instant, la nature, …). Approche que reprendront les impressionnistes. Ce fut révolutionnaire, après 2 siècles sans évolution majeure.

Dans la toile de Gauguin ci-dessous, on retrouve la diagonale, les aplats de couleurs, l’absence d’ombre, la simplicité, ….

Evidemment, les choses ne sont pas allées dans un seul sens. A preuve cette toile de Kuroda Seiki, peintre Japonais influencé par l’impressionnisme européen à la fin du 19ième. Et à côté cette estampe avec perspective.

Et les tissus dans tout cela?

Les capucines de Caillebottes ou les amandiers de Van Gogh ressemblent à des tissus de kimono. Comme la mer de Maurice Denis rappelle le motif traditionnel japonais en arabesque (karakusa) souvent utilisé en fond sur les kimonos; avec une palette de couleurs très japonaise.

Cette beauté graphique et picturale japonaise, on la retrouve évidemment dans les tissus. Notamment ceux destinés aux kimonos.

Si ce sujet vous intéresse, je vous recommande chaudement de regarder ce documentaire d’Art d’Histoire, qui a l’immense mérite d’être à la fois très intéressant, très riche, et très simple.

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