Le monde des Tissus, Les Tissages

Les Toiles N° 6 – Cretonne, Chintz, et “Calico” – Renaissances et Evolutions Techniques

L’objectif de ce 7ème post dédié aux tissages toile concerne 3 tissus, dont l’histoire est intimement liée.

Par le passé, il y a eu un nombre incroyable de variantes de tissus, dont les noms sont aujourd’hui oubliés. La cretonne est originaire de Normandie, au début du 18ème. Et elle fait partie des rares appellations encore usitées de nos jours, même si c’est pour désigner quelque chose de très différent de ce qu’elle était au départ.

Si l’ancienne cretonne a disparu, c’est probablement à cause du “calico” (en anglais, à ne pas confondre avec notre calicot, même si leur étymologie est commune), du chintz, de la percale, qu’on verra dans un post suivant. 3 “nouveaux” tissus arrivés des Indes à la même époque. Et si la cretonne est revenue, c’est probablement grâce aux Américains. Eh oui.

Vous profiterez mieux de ce post si vous avez lu avant cette introduction générale.

Si vous souhaitez commenter, ou poser une question, surtout, n’hésitez pas.

Rappel: qu’est que le Tissage Toile?

Dans le cas de la maille et du tricot, on entrecroise des boucles. Pour faire un tissu, on croise des fils.

La toile – qu’on appelle aussi taffetas- est le tissage le plus simple: schématiquement, chaque fil passe alternativement dessus et dessous chacun des autres.

Comme tout est entrelacé, c’est le tissage le plus stable et le plus solide.

C’est aussi le plus mat: en effet, ce sont les surfaces lisses et planes qui réfléchissent au mieux la lumière, et là, avec tous les croisements de fils, on est dans le cas le plus contraire.

La toile est ce qu’on appelle une armure, i.e. une façon de croiser les fils. Il y a d’autres armures: le twill / sergé, le satin, la gaze, le jacquard, …

La Cretonne

Il y a des tissus fins comme la batiste ou la popeline. Il y a des tissus épais comme la toile ou le drap. Et entre les 2, parmi les épaisseurs moyennes, il y a notamment la cretonne.

Ce qui caractérise la cretonne, c’est:

  • chaque fil passe alternativement dessus / dessous chacun des autres
  • une épaisse moyenne, qui la rend apte à être utilisée aussi bien pour du vêtement que de la décoration;
  • cet aspect en grains bien carrés, bien réguliers:

Bref, quelque part, c’est une “bonne à tout faire”.

Histoire de la Cretonne

La cretonne est un mot qui arrive relativement tardivement dans la langue française, concrètement dans la première moitié du 18ème siècle (Louis XIV / XV). Dans son dictionnaire universel de commerce (1723), Jacques Savary des Brûlons la présente ainsi:

L’origine du mot est imprécise, et à date, son étymologie reste incertaine, il y a plusieurs hypothèses (nom d’une personne, nom tiré d’un lieu, …).

A l’époque, la Normandie est un grand centre de production textile de tous genres (laine, dentelle, …). Cela se passe à l’échelle des villages, y compris avec des matières importées -sur les routes de l’époque-, depuis les Flandres pour le lin. Et cela concerne tous les anciens métiers (nettoyage, peignage, cardage, filage, tissage, …).

Dans le dictionnaire universel de la France (1751), voici un passage à propos de Lisieux et de ses toiles:

La lecture de cet ouvrage et d’autres nous apprend l’existance d’autres tissus, qui étaient fabriqués en Normandie, il y a 300 ans de cela:

  • Blancard (Littré): Terme de commerce; toile blanche et légère fabriquée en Normandie et en Silésie.
    • Toiles blancards : ces toiles sont ainsi appelées parce que le fil qui sert à les fabriquer a été à demi blanchi avant que d’être mis en œuvre ; elles se fabriquent aux environs de Rouen, et sont propres pour les Indes espagnoles (P. Giraudeau, la Banque rendue facile, 1769)
  • Froc: Sorte d’étoffe grossière de laine (Littré). Ou étoffe grossiere qui se fabrique à Bolbec, Gruches, & autres lieux de Caux (Encyclopédie de Diderot et d’Alembert)
  • Thibaude: Tissu grossier fait de poil de vache dont on se sert pour doubler les tapis de pied.
  • Cadis: Sorte de serge de laine, de bas prix (Littré).

Au-delà des mots, il faut se rappeler ce que signifiaient concrètement ces métiers, dans le quotidien de nos ancêtres. Par exemple le filage au rouet:

Ou de ce que représentait le blanchiment du linge, qu’il fallait lessiver, puis faire sécher au soleil, plusieurs fois:

Ou les conditions de travail, et notamment le bruit ou la chaleur, dans les salles des manufactures, d’abord pour l’ourdissage (préparation de fils), puis le tissage:

La Cretonne Techniquement

Comme vu précédemment, la cretonne fait partie de la famille des toiles.

Quand on tisse, on tend d’abord des fils dans la longueur (fils dits de chaine). Puis, entre eux, on fait passer une “navette” qui tire un autre fil (dit de trame), qui va “remplir” le tissu.

Les fils dans la longueur subissent les plus fortes tensions. Encore plus au niveau industriel.

Si on revient au début des années 1800 (Napoléon) … en ce temps là, dans les villages, on n’avait pas encore de coton, et il s’agissait de faire du linge de maison qui dure, des vêtements solides pour un quotidien de travail très manuel, et aussi in-fine des articles que les gens du peuple pouvaient s’offrir.

Dans le cas de la cretonne, on utilisait dans la longueur un fil de chanvre. Et dans la largeur, un fil de lin. Ces 2 fibres ont des caractéristiques très similaires. Au-delà de la couleur (le chanvre est plus brun, le lin est plus gris), la grande différence, pour le tissage, c’est que le chanvre est à la fois plus solide et moins souple / moins élastique. Il y avait donc une vraie logique à mettre le chanvre dans la longueur. D’autant plus qu’il donnait un fil plus grossier.

Techniquement, la cretonne est donc faite avec une chaine forte (chanvre), et une trame fine trame. Et de ce point de vue, c’est l’opposé de la popeline vue dans le post précédent (qui est elle chaine fine / trame forte).

Des nos jours, le coton a pris la place du lin et du chanvre. La cretonne est devenue une sorte de toile simple, d’épaisseur moyenne, tissé avec un fil de taille moyenne, tissé serré, avec à peu près la même densité dans les 2 sens (chaine et trame). Et vu que le fil est relativement épais, les croisements sont visibles, et donnent ces grains bien carrés, bien réguliers qu’on a vu au départ.

De manière générale, les fils de coton épais sont fabriqués avec les fibres de moins bonne qualité, concrètement, ce sont celles qui sont moins blanches, et courtes. Il y a aujourd’hui des machines dédiées à faire des fils de coton à partir de fibres courtes. La contrepartie, c’est que plus la fibre est courte, plus le fil est faible. Ce qui explique que la plupart des jeans ne vivent pas très longtemps, eu égard à l’épaisseur de la toile. Autre point: plus la fibre est courte, plus le fil a un aspect “poilu”.

Globalement, la cretonne est un tissu “moyen”, ou plutôt intermédiaire, avec comme atout la polyvalence. Et on peut en obtenir différentes épaisseurs, ce qui explique ses nombreuses utilisations, de la lingerie à l’ameublement ou le linge de maison.

Y-a-t-il un moyen d’obtenir une cretonne d’aspect plus élégant? Oui. Ce sera, comme toujours, d’abord une question de qualité de matière. Mais après, surtout, on peut l’apprêter, notamment mécaniquement (calandrage), ce qui la lissera et lui donnera un peu plus de lustre. Et avec un peu de chimie en plus …

Les Usages de la Cretonne

Depuis son origine, la cretonne n’est pas vraiment un tissu noble, et est surtout destinée au linge de maison et à la décoration. Un exemple emblématique, parmi d’autres, ce sont les nappes et serviettes avec un motif Vichy qu’on trouve dans les gargotes:

Si on trouve facilement des cretonnes en vente en tant que tissu, il est particulièrement difficile de trouver des articles qui se réclament en cretonne. Maintenant, et avant.

Dans le “Journal des Dames et des Modes” de 1912, on trouve ces ombrelles, dont 2 sont tout ou partie en cretonne (la 1ère et la dernière):

Dans cette “Gazette du Bon Ton” de 1913, on trouve cette création de Jeanne Paquin: Robe en cretonne à fleurs, garnie d’une ceinture de satin noir.

Pour les vêtements, la cretonne était souvent utilisée en appliqué, comme dans cet exemple, où la tenue de la femme de droite est ainsi décrite, dans un exemplaire de “La Mode Illustrée” datant de 1903: le blouson est échancré et fermé sous un large galon de cretonne à dessins de couleur. On exécute les poignets des manches et la ceinture en étoffe semblable.

Autre usage qui reste de nos jours: après 19 ans de mariage, ce sont les noces de … Cretonne !

Le Calico Anglais

A partir du 17ème, les tissus importés des Indes arrivent, et rencontrent énormément de succès, partout en Europe. Notamment parce qu’ils sont jolis, riches en motifs, plus colorés, moins chers. Le tissu ci-dessous date du début du 18ème, comme celui en tête de l’article d’ailleurs:

En outre, ils sont en coton, matière encore peu connue, et donc également très appréciés pour leur douceur et leur légèreté.

Tant de qualité réunies ….

Et il y en a de plein de sortes, de différentes épaisseurs, différents motifs, …

L’Histoire du Calico en Europe

L’engouement pour ces textiles des Indes est tel que les producteurs prennent peur, notamment les Lyonnais. On parle ici du textile, 1ère activité humaine après l’agriculture à cette époque. On parle concrètement de tout ce qui touche aux métiers du chanvre, du lin, de la laine et la soie, du champ ou de la bergerie jusqu’au tailleur. On parle vraiment du cœur de la vie des villages.

En 1686, face à la pression, Louis XIV et Colbert décident donc l’interdiction de fabriquer, vendre, et même porter des cotons imprimés des Indes en France (sous peine de prison ou de galère). Même si cela ne concernait pas Versailles, ou si le port fut, à un moment, toléré aussi pour les notables, cela durera jusqu’en 1759, soit près de 75 ans. 75 ans pendant lesquels le seul coton disponible était blanc, ou brut.

Même logique en Angleterre: les importations des cotons indiens y sont interdites à partir de 1700. Ceci étant, dès 1730, ils autorisent la vente des cotons indiens arrivés bruts, mais imprimés en Angleterre. Au départ, cette impression était, comme aux Indes, au bloc, i.e. sur le même principe que les tampons encreurs. D’abord en bois comme aux Indes, puis en métal.

L’Angleterre abrogera définitivement les restrictions en 1774.

Pendant cette même période de prohibition, les pays voisins, notamment la Suisse et Mulhouse -à l’époque indépendante- investissent dans cette activité, et développent leur savoir-faire. Pour filer, et teindre. Notamment grâce aux très nombreux Protestants (environ 30,000 Huguenots) chassés en 1685 par la décision de Louis XIV d’interdire toute autre religion que le catholicisme sur le territoire français. Un grand nombre sont tisserands, teinturiers, imprimeurs sur tissus, …

Toujours en France, un industriel suisse: Johann Rudolf Wetter, obtient en 1744 le droit de fabriquer des Indiennes dans le sud de la France à condition de les vendre à l’étranger.

Quand les cotons imprimés sont de nouveau autorisés en France, ils affluent. Notamment les mousselines, évoquées dans un post précédent, mais aussi les calicos, chintz, percales, salempores, garas, …. Qu’elles viennent d’Inde, de Suisse, d’Angleterre, des Pays-Bas, …

L’autre grande initiative en France est celle de Christophe-Philippe Oberkampf, qui crée, en 1760, une fabrique de toile, à Jouy-en-Josas, près de Versailles:

Elle devient manufacture royale en 1783, et fut même, à un moment, la 2ème manufacture de France. La qualité des tissus était très reconnue. Par contre, il faut aussi savoir qu’Oberkampf ne trouvait pas, en France, de toile de coton ou lin dont la qualité était à la fois très bonne et régulière; il s’approvisionna donc en “calicos” indiens auprès de Compagnie des Indes orientales, … et alla même jusqu’à en acheter en Angleterre.

L’histoire indienne du Calico

Le nom Calico vient d’une ville: Calicut, aujourd’hui appelée Kozhikode, au sud-ouest de l’Inde, sur la côte de Malabar. Calicut fut une très grande place d’échange, d’abord avec les Arabes et les Chinois. Puis avec les Portugais (Vasco de Gama y débarqua en 1498). Puis les Flamands, les Anglais, …

Dans cette région (Karnataka), il y a avait une caste: les Chaliyan (ou Saliyar / Saliya / …), dont l’activité principale était le tissage.

De nos jours, le textile y est toujours relativement important, à la fois dans le coton et la soie. A titre d’illustration, 2/3 des soies indiennes de murier y sont produites. Au-delà, il faut se représenter qu’actuellement, il y a 40,000 métiers à tisser manuels, et 120,000 métiers électriques. Pour cette seule région.

Après, ce qui fut demandé à l’Inde à partir du milieu du 18ème, c’est de produire des cotons bruts, qui devaient ressembler à peu près à cela:

Cela aboutit malheureusement pour l’Inde à une perte de savoir-faire et d’importance économique sur les tissus imprimés, ceux à valeur ajoutée. Les initiatives pour le reconstruire se multiplient … on ne peut que l’encourager quand on voit ce qu’ils étaient capables de faire au 18ème:

Le Calico aujourd’hui

Le calico désigne aujourd’hui une sorte de toile d’épaisseur moyenne, assez raide, un peu rugueuse au toucher.

On le fabrique avec des cotons de basse qualité, moins blancs, cardés grossièrement, et non peignés.

En France, c’est ce qu’on appelle aussi de la toile à patron, i.e. des tissus de qualité médiocre que les couturiers utilisent pour faire des premiers prototypes.

Enfin, dernier usage qui reste de nos jours: après 19 ans de mariage, ce sont les noces de … Cretonne !

Le Chintz

De nos jours, on définit le chintz comme une toile de coton imprimée, qu’on utilise surtout en décoration, et pour le linge de maison.

Comme le “calico”, elle vient des Indes.

L’Histoire du Chintz

Dès le départ, il y a une ambiguïté avec les des mots.

Le Littré (1863) définit ainsi le “Chint”: Terme de commerce. Toile des Indes propre à être imprimée. Ce qui, d’ailleurs, revient à notre calico anglais.

Par contre, quand on lit en détail de dictionnaire du commerce de Savary (1723), qui est antérieur, il y a 2 mots:

  • Chint, défini comme le Littré
  • Chite, utilisé pour dénommer les toiles indiennes imprimées (avec des planches en bois).

Comme ils sont très proches, ils sont faciles à confondre, et mélanger. Ce que l’histoire fit.

Pour les “chites”, Savary mentionne qu’elles sont très diverses, fabriquées en différents endroits d’Inde. Que les couleurs sont plus éclatantes et durent beaucoup plus longtemps que sur les toiles imprimées en Europe. Il précise aussi que les Flamands les appellent “chitses”, et les Suisses “persiennes” (de fait, les tissus indiens sont depuis longtemps réputés ailleurs en Orient et au Moyen-Orient).

La beauté et la persistance des couleurs est évidemment liée à la matière: le coton absorbe beaucoup mieux les colorants que le lin et la laine utilisés en Europe. Mais aussi à l’emploi de certains colorants, et mordants (i.e. fixateurs si vous préférez).

Si les importations ont commencé avec les Portugais, ce sont surtout les Hollandais qui ont développé les “chites”. Voici par exemple une veste hollandaise datant des années 1800. Puis une jupe qui date environ de 1750.

Au départ, ceci était réservé à la riche bourgeoisie. Mais le succès était tel que les importations de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales ne suffisaient pas. Ce qui aboutit rapidement à une fabrication locale. Et dès le 17ème, il y avait déjà plusieurs dizaines de graveurs de blocs dans la seule ville d’Amsterdam.

Les “chites” sont devenus beaucoup plus accessibles au 18ème, même si c’était d’abord pour des tenues festives ou folkoriques.

Puis, à force d’être populaires, ils se sont évidemment démodés à la fin du 18ème. Essentiellement au profit de la chemise blanche. Car avoir une chemise vraiment blanche, c’est comme avoir un costume vraiment noir, c’est un signe extérieur de richesse, encore plus à l’époque. Et une manière de se différencier du “peuple” qui portait couleurs.

Les vrais “chites” venaient de plusieurs régions des Indes. Et avaient certainement des différences, de style, de qualité, de couleurs. Les villes citées sont Machilipatnam -toujours un important centre de production de tapis-, Surat -pour le coton et soie, mais surtout fibres synthétiques maintenant-, Sironj, Burhanpur, etc.

Parmi celles-ci, certaines avaient une apparence cirée / vitrée / luisante. Elle était obtenue soit en battant le tissu avec des marteaux en bois, soit en les polissant à l’aide de coquillages.

L’évolution des Apprêts

Pour certains, le chintz a donc un aspect lisse et glacé.

Celui-ci a d’abord été obtenu par amidonnage. En effet, suivant les proportions d’eau et d’amidon, à certaines températures, l’amidon va gélifier. Il sera ensuite appliqué sur le tissu avec un pinceau, puis passé et pressé par des rouleaux, qui vont le lisser, puis le lustrer en accélérant la vitesse de rotation des cylindres. C’est le calendrage.

Le matériel a évidemment évolué, est maintenant totalement mécanisé, et bénéficie maintenant de rouleaux en métal qui peuvent aussi être chauffés, pour optimiser le processus.

L’autre technique, pour lisser et lustrer le tissu s’appelle en fait le battage. En Europe, elle fut développée en Irlande pour le lin au 18ème.

Ultérieurement, avec les découvertes en physique / chimie, les apprêts sont devenus à base de résine. Avec l’avantage de donner un aspect lustré durable.

De nos jours, on sait faire des tissus en coton d’épaisseur moyenne avec une très haute qualité de matière et de fils (par ex. les percales, qu’on verra dans le post suivant). Les plus beaux chintz sont maintenant obtenus à partir de tels tissus.

Pourquoi toutes ces histoires finissent par se mélanger?

Au départ, nous avons la cretonne, une toile d’épaisseur moyenne en chanvre et lin, originaire de Normandie.

Les cotons imprimés indiens commencent à arriver en Europe au cours du 16ème, grâce aux Portugais. Parce qu’ils sont bannis dans 2 pays, et très populaires dans les autres, l’Europe importe de plus en plus de cotons blancs, appelés chint, ou calico (Angleterre), ou même Kattun (Allemand, du mot coton en arabe). Toiles blanches qui seront imprimées dans différents pays d’Europe dès le milieu du 17ème. Sous différents noms: chites en français, chitses / sits en flamand.

En Anglais, comme la différence entre calico et chintz, c’est la présence du motif, il y a une certaine logique que chintz ait, pour certains et à un certain moment, désigné le style graphique lui-même. Expliquant pourquoi on trouve, par ex., aussi de la porcelaine “chintz”.

Et quelque part, cela a quelque chose qui nous semble très … anglais.

Puis après, on s’est retrouvé entre des calicos imprimés ou “indiennes d’Europe”, et du chintz. Et quelque part entre un tissu basique et un tissu plutôt noble. Et l’anoblissement, pour un tissu, c’est aussi une question d’apprêt, et c’était encore plus vrai à l’époque. Aussi fut-il considéré à un moment que le chintz désignait en fait un tissu, en lin ou coton, ou mélangé, avec de belles couleurs, et avec à la fois un toucher soyeux et un aspect lustré obtenu par amidonnage et calandrage.

De leur côté, les cretonnes commençaient aussi à s’imprimer. A devenir lin / coton. Puis 100% coton. Et les motifs n’étaient plus exclusivement exotiques, mais aussi bien de chez nous. Aussi, certains ont-ils commencé à se dire la “cretonne” non pas une “indienne”, mais simplement une cotonnade non apprêtée.

Pour ceux qui pouvaient les comparer au 19ème, les “indiennes” européennes ne valaient pas les authentiques indiennes. Et elles devinrent kitsch. A tel point que l’adjectif “chintzy” devint péjoratif aux Etats-Unis vers la fin du 19ème, et synonyme de mauvaise qualité, cheap, pingre, … Et ce à un tel point que le mot “chintz” disparut des usages.

Pour le remplacer, les Américains décidèrent alors d’utiliser le mot … “cretonne”:

Et puis un jour, le chintz revint en grâce. Notamment grâce à Jackie Kennedy.

Puis revint enfin sur les podiums des marques de luxe, comme ici avec ces créations très récentes de Zimmerman et Gucci:

Pour finir en clin d’oeil au post précédent, d’abord une robe de mariée, tirée d’un magazine Vogue de 1940, en organdi et galons fleuris en chintz

Pour la cretonne, toujours dans Vogue, il m’a fallu revenir à 1925 pour trouver quelque chose, en l’occurrence une création de Jeanne Lanvin dans un article intitulé: Vive le pyjama à l’heure du Négligé. Et pour info ou rappel, l’étymologie de pyjama est ….. indienne !

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