Le Japon, Le monde des Tissus

La Richesse Artisanale des Estampes et Tissus Japonais

On peut penser que l’image ci-dessus sort d’une bande dessinée. Ou que l’estampe (du 17 au 19 ième) est un sous-genre artistique par rapport aux toiles d’un Léonard de Vinci (15ième), ou d’un Rembrandt (17ième). Mais derrière l’apparente simplicité, il y a une très grande richesse de savoir-faire, et une très grande complexité d’exécution. Pas forcément connues, ni visibles.

Déjà, les toiles de Vinci et Rembrandt sont de l’art pour l’art, de l’art pur. Alors que l’estampe, c’est à la fois de l’art et des artisanats. Et même de façon purement artistique, l’estampe est une autre façon de voir et représenter le monde. Avec des règles très différentes, voire opposées aux nôtres (perspective, symétrie, proportions, ….). Avec des couleurs différentes. Et ces différences fascinèrent et influèrent fortement nos peintres européens quand ils les découvrirent (fin du 19ième). Et là, on parle de certains des plus grands de l’histoire: Monet, Van Gogh, Manet, ….

Pourquoi faire une estampe est-il particulièrement complexe?

C’est une image qui se crée en posant une feuille de papier sur une planche en bois gravée, où les traits et alvéoles contiennent de l’encre. Et on pose ce papier autant de fois qu’il y a de couleurs et / ou de motifs. Jusqu’à une 30aine de fois.

Si on prend l’image ci-dessus, il faut donc voir qu’il a fallu graver 2 planches pour les feuillages: une pour le vert foncé, et une pour le vert clair. Une autre pour les traits noirs de contour, ou qui dessinent les vagues. Et faire le dégradé du haut pour le ciel.

Au début, il y a donc un dessin. Et dessiner est un savoir-faire. Ensuite, ce dessin va être gravé dans le bois sur plusieurs planches. Graver est un savoir-faire, et il faut imaginer la difficulté de graver des traits fins pour représenter des cheveux. Ou pour réaliser des a-plats de profondeur constante. Ensuite, il faut colorier, donc fabriquer les encres qui rendront les émotions voulues par l’artiste, autre savoir-faire. Et enfin, il faut imprimer. Qui exige de maîtriser les mélanges eau / encre / colle, de savoir répartir les encres pour créer de beaux dégradés, etc. Autre savoir-faire d’artisan. De faire la 20aine de passages pour chaque image, et de faire tout cela des dizaines de fois.

Si on prend le seul exemple de la couleur … globalement, la palette japonaise est différente, plus naturelle et plus pastel. Une façon rapide de s’en rendre compte est de prendre 10 secondes pour simplement regarder les couleurs traditionnelles sur Japon sur wikipedia. Qui plus est, historiquement, les Japonais ne travaillaient qu’avec 3 pigment -en plus du noir (encre de chine), et du blanc (poudre de coquillage), dont le plus connu est l’indigo. Leur capacité à créer, ou à reproduire la couleur de la nature avec peu est exceptionnelle.

Art et artisanat sont intimement liés au Japon.

Pourquoi faire une estampe peut être encore plus … complexe?

Dans le but que ce soit plus beau, plus subtil, plus riche, …

Un exemple est l’utilisation de fonds en mica (le minéral qui brille dans le granit). Pour apporter plus de lumière et donner un aspect à la fois plus luxueux et plus spectaculaire, malheureusement non restituable sur un écran. Dans le vêtement, on pourrait comparer avec l’utilisation du lurex, par exemple, mais plus simplement aux effets lumineux de la soie (originaire de Chine), du velours (originaire du Cachemire), ou des tissages en satin.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’estampe japonaise a aussi utilisé des poudres métalliques, pour restituer ces couleurs (or, argent, acier, …) qu’on ne peut approcher avec les peintures et pigments traditionnels. L’or et l’argent ont même été utilisés, mais très très rarement. La différence de rendu ressort clairement ici, en comparant la luxueuse édition limitée à gauche, avec l’édition populaire à droite.

L’estampe -comme le tissu- peut également avoir des effets de relief. Le gaufrage se réalise en mouillant le papier, puis en le modelant à la main sur un moule alvéolé. Dans celle-ci, de Yanagawa Shigenobu, la robe est gaufrée. Le fond mica aussi, qui permet ce rendu particulier des nuages.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l’estampe sont également utilisées des techniques de double impression endroit / envers. Elles permettent de faire ressortir d’autres tons ou motifs, suivant l’éclairage. Technique qui peut s’utiliser sur les tissus fins comme les voiles. Ou effet qu’on peut obtenir sur les velours ou les soies.

Quels rapports avec les tissus?

Du dessin de l’artiste au produit final, le chemin est comparable. Et l’objectif identique: obtenir une belle image sur un support, souvent végétal (papier, coton, lin, …).

On peut peindre en utilisant des pinceaux, la gravure, ou le pochoir. Pareil dans le textile. Notamment pour la soie, sur laquelle on peint depuis au moins le 3ième siècle avant JC, avec diverses techniques. Pour une finalité vestimentaire, mais aussi pour l’art pur ou la décoration. Et la différence, par rapport à la peinture sur toile ou le dessin, c’est que l’univers des possibles est beaucoup plus vaste:

  • d’une part, parce qu’il existe plein de qualités de soie: mousseline, satin, twill, crêpe, velours, … aux textures très différentes.
  • et d’autre part, parce qu’on peut utiliser d’autres techniques, comme la broderie. On peut obtenir des motifs en tissant des fils de couleurs différentes. On peut aussi combiner tout cela.

Ce qui diffère aussi entre le Japon (ou la Chine) et l’Europe, c’est que les « dessins » sur les vêtements y sont plus « sophistiqués ». C’est historique, culturel. Voici 2 exemples, dont le style graphique diffère de celui de l’estampe, mais dont la qualité technique est tout aussi remarquable.

Aujourd’hui, l’industrie utilise surtout des techniques dérivées du pochoir (sérigraphie), et bascule vers l’impression numérique. La teinture -ou la peinture- au pochoir date de la préhistoire. Mais que c’est au Japon qu’elle s’est développée (katagami). Par contre, le papier, l’encre, ou la gravure sur bois viennent de Chine.

Pour finir ce post, voici un tissu que j’utilise est qui illustre un peu tout cela: une scène traditionnelle, riche en motifs et couleurs, des parties et contours dorés, sur un tissu en relief (dobby).

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