Guides d'Achat

Guide d’Achat de masques barrières … Pour ne pas prendre les vessies pour des lanternes

Pour essayer d’y voir à peu près clair, de manière la plus objective possible…

Quitte à remettre en cause ce que vous aimeriez croire, ou croyez avoir compris.

Ce post complète le précédent, sur les informations scientifiques à date.

1. Comprendre pourquoi il n’y a pas de NORME Afnor, mais seulement un document de l’Afnor.

C’est dit en introduction du document de l’Afnor: Le présent document n’a pas été soumis à la procédure d’homologation et ne peut en aucun cas être assimilé à une norme française.

Plus loin dans le document:

IMPORTANT: Le masque barrière n’est pas soumis à une évaluation de conformité obligatoire par des organismes notifiés ou laboratoires. Sa conception selon les règles de l’art, sa fabrication et son contrôle de qualité de la production restent à la responsabilité du fabricant. Celui-ci peut s’adresser à un laboratoire pour vérifier les performances exigées ou se référer aux modèles de confections et à la liste des matériaux auxquels le présent document fait référence.

2. Les nouvelles catégories de masques françaises.

Le gouvernement a créé, fin mars, par une note d’information des ministères de la Santé, de l’Economie et des Finances, et du Travail, 2 nouvelles catégories de masques à Usage Non Sanitaire (UNS):

  • les masques individuels à usage des professionnels en contact avec le public (UNS catégorie 1)
  • les masques à visée collective pour protéger l’ensemble d’un groupe portant ces masques (catégorie 2)

L’Afnor, en collaboration notamment avec l’IFTH (Institut Français du Textile et de l’Habillement) et l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament),  a publié un document (S76-001) pour ces 2 catégories de masques, avec des recommandations pour la confection artisanale. La différence entre les 2 catégories tient au niveau de filtration (cf ci-dessous).

3. Fabrication des masques

Les entreprises pouvant fabriquer des masques, et les stocks nécessaires à leur fabrication, ont été réquisitionnés par l’état, avec objectif de fournir au corps médical ce sont il a besoin pour faire face à la pandémie (masques, blouses, etc.). Et un appel a été lancé aux entreprises qui pourraient fabriquer des masques alternatifs, demandant un envoi d’échantillons pour réalisation de tests.

Pour faire simple, il y a des tests de confort de port, de résistance au lavage, de respirabilité, et de filtration. Des tests effectués de manière systématique après 1 lavage, 2 lavages, etc. Les tests de lavage sont réalisés par l’IFTH, les autres par la DGA (Direction Générale de l’Armement). Il y a également une liste de laboratoires agréés.

Comme expliqué ci-dessus, les tests ne sont pas obligatoires.

4. Pourquoi les tests sont pour le moins questionnables et quelque peu trompeurs

Le test de respirabilité est un test classique (mesures de la pression à l’avant et l’arrière du masque). Les Anglo-Saxons le font différemment, mais bon, c’est souvent ainsi.

J’explique les tests de filtration de manière simple dans ce post. Mais en résumé, ce sont des tests physiques (au sel, à l’huile de paraffine), destinés originellement à évaluer la filtration de particules (par ex. des polluants). Or, dans le cas du Covid, il s’agit d’un virus, et d’une transmission par des gouttelettes (voire aérosols), qui sont liquides et aqueuses (eau), et pas solides (sel) ou grasses (huile). Par conséquent aussi, il ne s’agit pas de tests biologiques (à savoir effectués avec des bactéries ou des virus). Pour information, les masques dits chirurgicaux sont testés sur leur capacité barrière vs bactéries (cf post précédent), certes plus grosses que les virus, ont un objectif de filtration supérieur, et ne sont de toute façon pas une protection contre le covid-19.

Ensuite, quand on parle d’effet barrière, il faut toujours garder en tête qu’il doit être considéré, et donc évalué dans 2 sens: protection de soi contre les autres; et protections des autres contre soi. Les articles citant des études cliniques ne le précisent pas forcément, alors que ces études ne sont effectuées que dans un seul sens … ce qui provoque des amalgames erronés.

Enfin, on peut s’interroger sur la pertinence et la logique de mettre des niveaux de filtration différents pour les masques de catégorie 1 et 2. Est-il vraiment raisonnable de prendre le métro aux heures de pointe, entassé(e) contre d’autres porteurs de masques, avec une « filtration » de catégorie 2?

5. Pourquoi le port du masque n’est pas obligatoire?

Plusieurs raisons:

  • son efficacité vs covid n’est pas prouvée. Cela inclut d’ailleurs les masques chirurgicaux; seuls les masques FFP 2 ou 3 sont efficaces.
  • il est dangereux s’il provoque un relâchement sur les seules consignes à l’efficacité prouvée (distanciation, pas toucher nez / yeux / bouche, lavage fréquent des mains); ou si on ne considère pas le masque utilisé comme un masque souillé.
  • il n’y en a pas pour tout le monde (manque de capacité);

Même si elle a légèrement assoupli dernièrement sa position, l’OMS est opposée au port généralisé, et au port par une personne saine.

6. Comment reconnaître les masques « testés » en laboratoire?

Il y a déjà des ventes de masques se disant homologués, mais qui ne le sont pas. Et des masques qui ont vraiment été testés. Les masques qui ont passé les tests de filtrations physiques de la DGA seront identifiables avec ce logo, suivant le nombre de lavages jusqu’où ils ont été testés avec succès:

Pour vérifier si l’homologation est légitime, ou si l’entreprise fait bien partie du programme, vous pouvez vérifier sur cette page de la Direction Générale des Entreprises.

Les mentions du genre validé / homologué par la DGA ne sont pas valides. La certification doit se présenter ainsi:

7. Quels sont les tissus et matières recommandés pour les masques? Pourquoi c’est trop imprécis?

En date du 28 avril, plus de 700 associations de matières ont été testées. Voici le lien vers le tableau de bord.

Il y a du tissé, de l’intissé (fibres comprimées), du tricoté, …  des matières différentes: coton, polyester, viscose, … Bref, de tout. Et il ya tellement de possibilités, que cela questionne vraiment la pertinence des tests ou leur capacité à vraiment évaluer l’efficacité (cf ci-dessus).

Ensuite, les caractérisations des tissus testés sont insuffisantes, et vont dans tous les sens (parfois une densité de tissu, parfois un type de tissage, parfois des densités de fil, parfois un nombre de fils par cm², …). Aucune synthèse n’est faite. Cet état fait qu’on peut interpréter d’une manière … ou d’une autre. Et c’est facile à comprendre. Tout tissu, à l’oeil nu ou à la loupe est un truc comme cela:

Des fils qui se croisent, d’une certaine manière (ici, façon toile). Après, le fil peut-être plus ou moins tendu; il peut être plus ou moins épais; et le tissage plus ou moins serré. In-fine, ce qui compte, c’est la taille des trous … mais elle n’est pas mesurée.

La densité (par ex. 150g/m²): elle dépend du tissage ET du fil Et de la matière. A ce grammage (150), on trouve des toiles à torchon, des tissus japonais avec fil plutôt épais tissés trop lâches … ou des tissus à chemise tissés très serré.

Le nombre de fils par cm² … très utilisé par les Anglo-saxons (thread-count), peu en France; on a beaucoup parlé au début d’une popeline 120 fils. Exemple typique d’approximation. Déjà, il faut une unité précise (/cm²?). Ou en fait, c’est une taille du fil (car il y a du fil 120)? Un tel chiffre peut mesurer le nombre de fils dans les 2 sens. Donc 120 signifie 60 fils en horizontal + 60 en vertical dans 1 cm². En théorie, 120 fils/cm² donne un tissu serré, de belle qualité pour les chemises, ou pour les draps. Mais il y a mieux aussi. Après, faut-il une popeline (faite avec 2 fils d’épaisseur différente?)? Une percale? Une simple toile? Et la mesure est-elle honnête? Car la tricherie classique est d’utiliser des fils faits de 2 ou 3 « filés », ce qui permet de multiplier par 2 ou 3 le nombre de fils par cm² sans donner du tout le même résultat:

Il y a plein de raisons qui expliquent cela: déjà l’urgence et l’impréparation. Ensuite, en France, par opposition aux Anglo-saxons, quand il s’agit de tissu, on est plus dans la mode que dans l’ingénierie, les spécifications, les caractérisations, etc. On peut ensuite supposer que les entreprises participant aux tests n’en savaient vraiment pas plus sur les tissus qu’elles utilisent, qu’ils n’ont pas voulu donner d’information à leurs concurrents, … on sait aussi que la France a beaucoup perdu en savoir-faire textile.

Par ailleurs, il est aussi signifié que certains filtres sont potentiellement dangereux à l’inhalation.

Les intissés (par ex. feutrine) sont le plus souvent obtenus avec un traitement chimique ou un solvant qui lie les fibres entre elles. Il faut donc être certain de l’inocuité, et vérifier la certification qui la justifie.

8. Quid des masques artisanaux?

Déjà, le masque chirurgical est une protection insuffisante. Que penser des masques homologués UNS1 ou UNS2 ? Des masques artisanaux, qui, sans ambiguïté, ne peuvent vraiment se revendiquer UNS1 ou UNS2, parce que non testés

On peut supposer une hiérarchie. On peut aussi se demander « c’est combien la différence d’efficacité contre le Covid? ». Actuellement, on ne sait pas. Et c’est une question très complexe.

Dans cet état de fait, faire de son mieux est la seule solution possible. En utilisant aussi son expérience, son bon sens et ses moyens, faute de mieux. Les recommandations de l’Afnor étant très sujettes à interprétation (elles figurent dans l’image en haut), et vraiment vagues.

Donc quoi penser, quoi faire?

Personne ne le sait vraiment, et cela explique les atermoiements, les rumeurs, les dispositions différentes par pays, etc.

Donc j’en reste à ce que je disais dans mon post précédent:

  • Le masque alternatif a un intérêt réduit de protection, mais c’est mieux que rien; et il peut être nuisible s’il est mal utilisé, mal fait, ou mal perçu (mal perçu = je me sens / je me crois protégé alors que je ne le suis pas vraiment).
  • Il y a 2 pires pour la santé avec le masque:
    • Devenir moins intransigeant sur le strict respect des consignes à l’efficacité prouvée: distanciation sociale, ne pas toucher yeux / nez / bouche, lavage fréquent des mains; tousser / éternuer dans sa manche.
    • Ne pas considérer le masque porté comme un objet souillé, une fois porté.

Ensuite, vu l’état des connaissances, je ne vois pas comment on peut écrire autre chose que la synthèse de l’Afnor, malgré ses incohérences: trop d’inconnues, trop d’intérêts pas forcément convergents, etc.

Reste qu’il importe à chacun de faire de son mieux dans ce combat collectif. Avec humilité, mais avec détermination.

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