Le monde des Couleurs, Théorie & Pratique

Couleurs: Comprendre Les Harmonies de Base et leurs Adaptations

Travailler avec les couleurs, en fait, c’est comme la musique ou la gastronomie. Dans tous ces cas, il y a des bases et des repères.

Ces règles et bases, c’est mieux de les connaitre, encore mieux de les maitriser, avant de voler de ses propres ailes. Concrètement, c’est bénéficier de ce que plein d’autres ont découvert depuis plusieurs siècles. Y compris quelques grands noms qui ont marqué l’histoire.

L’harmonie, ce n’est ni mou, ni lisse. Déjà, étylomogiquement, ça veut dire “convient”, et pas beau, ou joli ou esthétique. C’est un chemin, où il faut d’abord apprendre ce qui met en valeur, les lois d’équilibre, et ce qui crée les liens ou la cohérence. Après, il s’agira de créer des déséquilibres qui s’équilibrent, ou d’imposer aux autres une façon de regarder votre composition ou votre tenue.

Ici, au-delà de voir les harmonies de base, vous comprendrez comment bien les utiliser, y compris spécifiquement pour vous

Le post suivant vous expliquera comment s’écarter des bases sans tomber dans la cacophonie.

Qui suis-je?

Je m’appelle Polina. Je suis une Artisane, créatrice / réalisatrice d’accessoires de mode.

Avec plus de 200 tissus à votre disposition. Haut de gamme, en matières naturelles (coton, laine, soie, lin).

Cet article vise à me faire connaitre, et reconnaitre. À vous inciter à découvrir mes savoir-faire sur les accessoires (bandeaux, ceintures, écharpes, foulards, noeuds papillon, …).

Préalables

Il faut vraiment avoir lu le post précédent dédié au fonctionnement des couleurs. Sinon, il y a des trucs qui vous échapperont ou que vous appréhenderez mal.

Ensuite, il faut s’entendre sur les mots. Toute couleur dérive d’un “colorant” pur, que j’appellerai ici teinte.

Enfin, un écran, parce qu’il est plat, uniforme, avec une lumière standardisée et par l’arrière (et non réfléchie), n’aura jamais la subtile richesse d’une toile, d’un tissu, ni même d’un mur, qui peut avoir des aspérités et dont les tonalités changent avec le soleil, suivant l’heure et la météo. Cela, il faut en tenir compte quand vous verrez les illustrations.

Harmonie = Équilibre & Cohérence d’un ensemble, vous inclus, y compris avec certains déséquilibres et / ou oppositions.

On peut voir l’harmonie de façon lisse et convenue, mais c’est une erreur.

Harmonie, ça vient d’un mot grec (armozo), qui signifie “convenir” (i.e. aller avec). Originellement, on l’a utilisé en musique, quand différents sons, produits plus ou moins au même moment, s’enrichissent mutuellement et donnent un résultat agréable à l’oreille. Sachant que cet “agréable à l’oreille”, il faut le prendre de manière purement sensorielle, indépendamment des préférences personnelles. Applicable à une symphonie classique, une ballade, ou du hard rock.

Quand on parle des couleurs que vous portez, ou dans/avec lesquelles vous vivez, l’harmonie intègre obligatoirement votre propre personne, avec ses caractéristiques physiques, sa personnalité, voire ses humeurs … ça doit “convenir” à vous, et pas à une personne abstraite ou différente.

L’harmonie inclut les oppositions et contrastes. La présence de noir rend le blanc plus blanc, et vice-versa; il y a bénéfice mutuel. Au-delà, l’enjeu devient un équilibre entre le yin et le yang; pour des couleurs, les contrastes peuvent aussi être entre clair et foncé, chaud et froid, mat et brillant, vif et terne, etc.

L’harmonie inclut les déséquilibres. Le jardin à la française est une apologie esthétique de la géométrie. Un simple coup d’oeil sur une vue aérienne bien faite suffit à l’appréhender. Un jardin japonais est constitué de déséquilibres qui se compensent; l’oeil et l’esprit sont obligés de circuler dedans pour se représenter l’ensemble. Cela crée un effet dynamique. Ce sont 2 harmonies différentes, avec 2 équilibres d’ensemble obtenus différemment.

Harmonieux ne veut pas dire beau, mais “convient”. Beau, c’est personnel, subjectif, une affaire de goût. Et quelque chose d’inharmonieux peut aussi être beau aux yeux d’une partie d’entre nous.

Après, il y a le pourquoi “ça va pas ensemble”? En général, c’est qu’il n’y a pas de lien, pas de “logique”, pas d’enrichissement mutuel. Et comme en musique, on ressent alors de l’incohérence, de la cacophonie, de l’incompréhension, des divergences, … voire rien ou un certain déplaisir.

Pour bien comprendre ce qui fait qu’il y a harmonie ou pas, il faut forcément comprendre ce qui peut lier des couleurs entre elles, et ce qui peut les dynamiser.

Le point de départ

Comme on a vu précédemment, le point de départ consiste à interpréter toute couleur comme une teinte + un niveau de gris. Grosso-modo comme notre oeil avec ses cônes et bâtonnets.

Pour illustrer, on va partir de cette couleur, une espèce de prune clair. Je l’ai prise car elle est assez moyenne en tout (famille des modérées), donc on pourra l’emmener dans plusieurs directions opposées. En plus, c’est une couleur que je n’ai pas encore abordée dans un autre post au moment où j’écris ces lignes.

En vision bâtonnet, ce “prune” donne un gris neutre / moyen (50% noir).

Voici la décomposition:

Une fois qu’on “voit” cela, approximativement, on a le point de départ, et tout le reste devient plus facile et plus évident.

Les Compositions Harmoniques de Base

Préliminaire

Comme énoncé en introduction, chaque harmonie est … une base de travail, qu’il faudra toujours adapter à votre personne et à vos possibilités.

La Richesse du VRAI Monochrome

A force de penser assemblage ou imprimé, on en perd de vue la puissance d’évocation originelle d’une couleur unie.

Une couleur sur un écran, ce sera toujours fade, totalement lisse. Dans la vraie vie, c’est différent. Toute matière -support de couleur- apporte des irrégularités, qui enrichissent notre perception. Ainsi, dans un tissu, il y a des fils, faits de fibres minuscules (hors synthétique), croisés d’une certaine manière. On ne teint jamais la fibre, seulement le fil ou le tissu final; la teinture ne peut jamais être uniforme fibre à fibre; les croisements de fils “cassent” les rayons lumineux, et engendrent une autre lumière. On peut aussi, sans que ce soit visible à l’oeil nu, jouer sur de très fins fils de couleurs différentes. Un tissage lisse type satin, ou en diagonale type twill, ou classique type toile, réfléchissent différemment la lumière, et créent des effets différents. Etc, etc.

Certains designers et marques de vêtement de luxe ont une approche valorisant la simplicité … on va dire via la profondeur. Au-delà de la recherche de perfection à tous les étages (matière, fil, tissage), il y a un travail énorme sur le rendu coloriel de chaque pièce. Là, la seule couleur dégage quelque chose, qui nous touche, et on vibre ensemble à l’unisson.

C’est pareil dans l’art. Une couleur peut créer quelque chose, qui plait, voire fascine. Voici 2 exemples célèbres, le relief en éponge bleu d’Yves Klein et la toile “blanc sur blanc” de Malevich. D’ailleurs, 2 oeuvres qui ont marqué l’histoire, et qui ne rendent absolument rien sur un écran:

Toute couleur, bien mise en scène / en valeur, et qui vous correspond, peut avoir un effet remarquable et insoupçonné.

Pour les pièces de base de son vestiaire, c’est d’ailleurs quelque chose à considérer. La mise en valeur étant ici évidemment liée à un certain niveau de qualité.

Cercle Familial, Camaïeux et Monochromes

Ce que j’appelle cercle familial, ce sont les couleurs qui sont très proches, et s’associent sans question. On peut l’appeler camaïeu ou monochrome. L’enjeu dans ce paragraphe est de vous faire comprendre la diversité des approches qu’on peut avoir.

On peut se représenter camaïeux et monochromes comme étant relativement fades. Voici un triptyque très expressif, et contrasté, basé 100% sur la même teinte:

Base

Toute couleur peut être emmenée dans de nombreuses directions. Ci-dessous, tout est lié par la teinte (1 seul colorant)

Base

Comment?

On peut faire varier uniquement la dose de gris / noir, en gardant le même rose au même dosage. Cela nous emmène d’un côté vers aubergine où la dose de gris commence à basculer vers noir; et de l’autre vers notre rose pur (i.e. la couleur de départ sans le gris). Toutes les couleurs qui dérivent de cette logique sont “liées”. On ressent qu’elles font partie de la même famille, et qu’elles s’associent facilement.

Base

On peut faire varier le dosage de la couleur initiale, donc en gardant ses proportions entre gris et teinte. Ci-dessous, la première couleur est le maximum possible. A droite, on dilue progressivement. Toutes ces couleurs et autres nuances qui découlent de cette même logique font partie de la même famille, et s’associent facilement ensemble.

Base

On peut jouer sur la proportion entre gris et couleur, c’est à dire ternir d’un côté, et vivifier de l’autre. Là encore, on ressent un lien de parenté.

Base

Jusque là, j’ai fait varier un seul critère (d’abord le seul noir; puis le seul dosage; puis la seule proportion gris / teinte). Mais je peux aussi en modifier 2 à la fois, par exemple enlever du gris du prune ET éclaircir en dosant moins. Ce qui donne par ex. cela:

Base

On sent toujours un lien, on sent que ça va ensemble, mais on sent aussi que le lien est plus distendu, et saute moins aux yeux.

L’autre élément qui importe est la distance. Les distances entre les couleurs sont identiques. Dit autrement, si le 1er pas est un éclaircissement de 30%, le 2ème l’est aussi, et ainsi de suite. Cela crée un rythme simple … harmonieux en fait.

Bref, dès qu’on sort du vif, pour bien voir tout ce qu’on peut faire en “mono-chrome”, il faut apprendre à “lire” la couleur de départ (teinte + niveau de gris). Ce qui vient avec la pratique.

Les Proches Amies

Les couleurs, ce sont -notamment- des histoires de vibrations, i.e. de longueurs d’onde. Si les notes de musique sont liées aux vibrations de l’air, les couleurs sont liées aux vibrations de la lumière.

Aussi, quand on prend 2 ou 3 couleurs voisines sur le spectre, elles ont “naturellement”, et on peut même dire physiquement, une certainement proximité.

Le truc, ici, c’est qu’il faut veiller à avoir des niveaux proches en clarté / luminosité / intensité, afin que ce soit justement équilibré en vibrations.

Illustration concrète: si je prends un orange vif (sans gris), je peux l’encadrer par du jaune et du rouge; ce qui donne ceci:

Au-delà du principe -encadrer par 2 couleurs très proches-, il n’y a pas d’absolutisme, si ce n’est une régle d’équilibre: si on s’éloigne d’une certaine distance pour aller vers le rouge, voire magenta, on s’écarte de la même distance vers le jaune. Voici une alternative qui réduit les distances, avec un rouge plus orangé, et orangé moins rougi / plus jaune:

Et en voici maintenant une autre qui elle va plus loin … on y sent d’ailleurs que l’effet de proximité joue moins.

Si on prend une orange plus terni, genre brique / rouille, il faut aligner le rouge et le jaune sur le même niveau de terne

Même logique si l’orange est plus clair, ou plus foncé.

Quand on ne fait pas cet alignement des luminosités, on ajoute un contraste qui enlève l’équilibre du tout. Par ex., ci-dessous, les 2 vives ont trop de puissance par rapport au marron … sachant que marron est un orange grisâtre.

Après, on peut apprécier ou pas, c’est un autre débat. On peut aussi le gérer, notamment par compensation, ce qu’on verra plus tard.

Enfin, là encore, ce sont des principes à adapter à vos couleurs. Voici d’autres exemples:

Contraste & Optimisation Mutuelle

Comme vu précédemment, la couleur opposée / complémentaire est celle qui contient les couleurs de la lumière que n’a pas l’autre, avec une luminosité identique.

Quand on les utilise ensemble, par effet de contraste, chacune des 2 couleurs se bonifie et s’exprime à son maximum. Et aucun autre type de contraste n’entre en compétition.

Comme vu précédemment, on en trouve 2 versions (additif et soustractif). Les voici pour notre rose de tout à l’heure.

Comme évoqué également, vous pouvez prendre l’une, ou l’autre, ou un intermédaire entre les 2.

Pour trouver facilement la couleur opposée / complémentaire, au début, on utilise un cercle -ou roue- chromatique.

Ce sont surtout les impressionnistes qui ont à merveille exploité cette découverte. A titre d’illustration, cette toile de Van Gogh; tout repose sur 2 couleurs opposées, chacune subtilement enrichie. Le dessin en lui-même est particulièrement simple, voire simplet.

Comprendre qu’il y a différentes natures de contraste (couleur / complémentaire, clair / foncé, terne / vif, chaud / froid, …), et savoir les identifier, c’est un autre préalable pour composer les bonnes harmonies pour vous.

Le Contraste Adouci

Il s’agit d’une variante de la précédente, où l’on utilise les 2 couleurs proches de la complémentaire, comme ceci:

Concrètement, cela adoucit et enrichit à la fois le contraste.

Comme il y a 2 systèmes (additif / soustractif), cela donne 2 variantes, au sein desquelles vous pouvez choisir:

En Additif
En Soustractif

Là encore, si on prend une couleur plus nuancée, par ex. le prune de départ (version moins dosée du rose ci-dessus avec du gris), il faut alors aligner le ton des autres couleurs:

En Additif
En Soustractif

Là aussi, on peut ajuster les proportions:

  • soit en réduisant les 2 opposées, avec pour but de les mettre au service de la majeure.
  • soit vous faites une paire avec les 2 opposées, et utiliser l’autre pour contraster avec la paire.

Ce type de composition est très intéressant pour apporter du peps à des couleurs neutres, réchauffer une paire de couleurs froides, rafraichir une paire de couleurs chaudes, donner plus de vivacité à une composition pastel, …

Violet & Marine avec Moutarde
Ardoise & Vert de Gris avec Taupe
Orangé & Vermillon avec Bleu Canard
Bleu & Vert avec Rose en Pastel

Le Triangle Équilatéral

Le triangle équilatéral (3 côtés égaux) consiste à prendre 3 couleurs les plus éloignées possibles, et à égale distance les unes des autres. Visuellement, sur la roue, elles se répartissent donc ainsi:

Techniquement, cela s’appelle une harmonie triadique, dont voici un autre exemple:

Avec des couleurs vives, cela donne des palettes très marquées, très expressives et audacieuses -qui peuvent plaire ou pas- qu’on retrouve souvent dans les univers type Sport ou Plage, où elles semblent plus “naturelles”.

3 astuces pour l’utiliser autrement:

  1. avec des couleurs douces (moins dosées et/ou plus grisâtres) comme ceci:

2. en optant pour une couleur en majeur, avec les 2 autres en soutien, pour mettre en valeur la première.

ou selon une proportion, type 60% / 30% / 10%, mais toujours avec une forte majeure;

3. comme précédemment, mais en utilisant des versions plus grisâtres des couleurs en soutien, par ex. comme ceci:

Là encore, c’est à adapter à vos couleurs.

Les Harmonies à 4 Couleurs

Il y en a 2, qui reposent sur le schèma; dans le carré, on prend 4 couleurs les plus éloignées possible, et donc équidistantes. Et dans le rectangle on prend 2 couleurs proches mais différentes, et leurs opposées respectives.

Tous les suggestions et remarques vues sur les harmonies à 3 s’appliquent également ici.

Principes de Base des Harmonies

Un rose dragée avec un vert flashy … ou un orange très vif … on sera d’accord que ce n’est pas le meilleur exemple pour illustrer ce qu’est une harmonie. Pourquoi? C’est simplement trop différent. Il n’y a ni proximité, ni opposition, c’est une cacophonie. Une harmonie, c’est plutôt le contraire: cohérence d’ensemble avec des proximités et / des oppositions.

Le lien d’opposition, c’est le plus facile, c’est avec la complémentaire. Quand elles sont ensemble, c’est là où les 2 couleurs s’optimisent le plus mutuellement, par effet de contraste (comme la présence de noir rend le blanc plus blanc et vice-versa).

Quand on a compris qu’une couleur découle des 3 paramètres évoqués dans le post précédent, les proximités possibles sont évidentes:

  • teinte de départ identique ou très proche;
  • intensité similaire (faible / fort dosage)
  • clarté similaire (clair / foncé)
  • luminosité similaire (terne / vif)

Genre: si vous prenez uniquement des couleurs pastel, vous avez déjà une cohérence. Si en plus, elles ont un niveau de gris similaire, votre cohérence est encore plus forte, car là, vous avez 2 critères sur 3 qui sont alignés.

Chercher 2 critères communs peut sembler beaucoup mais il ne faut jamais oublier qu’au-delà de la couleur, vous aurez probablement tout ce qui est lié au support et impacte le rendu (mat / brillant, lisse / rugueux, transparent / opaque, etc.); plus tous les enjeux liés au style, à la coupe, aux matières, etc.

Une forme d’harmonie plus complexe consistera à trouver un équilibre avec des couleurs très différentes. Ou à s’écarter des règles avec une certaine pertinence.

C’est vrai que tout cela est assez mathématique. En fait, c’est de la physique. Et c’est la base qu’utilise tout designer.  Après, il y a toujours notre propre subjectivité, notre propre sensibilité, nos propres préférences.

Posts Suivants

Ceci était le 2ème chapitre.

Dans le 3éme, on verra donc comment s’écarter des bases

Et dans le 4ème, on verra comment intégrer ses propres couleurs (teint, yeux, cheveux)

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