Le monde des Tissus, Quand il fait froid

Les 3 principes basiques et toujours vrais pour s’habiller chaud l’hiver, quand il fait froid

Puis-je faire une promenade dans les Alpes en plein hiver, habillée en coton, sans avoir froid? Oui, c’est possible. Ou être habillée avec des laines épaisses et avoir froid? Oui. Avoir plein de couches et avoir froid? Oui. Ou avoir un seul vêtement et avoir chaud? Oui. Avez-vous déjà lu un article qui explique tout cela? Évidemment, je n’ai pas tout lu, mais tout ce qui sort en premier … Pourtant, une très bonne doudoune peut suffire; et certaines vestes en coton sont très efficaces, y compris en Antarctique. Bref, ce qui peut sembler chaud ne l’est pas forcément et vice-versa. Voici pourquoi.

J’ai vécu mon enfance dans une ferme en Russie. Même quand il faisait -30°C, je suis toujours allée à l’école à pied, à 2 km de chez moi. C’était normal. Je n’aime vraiment pas le froid, mais on apprend à y faire face.

Je m’appelle Polina. Je suis une Artisane, créatrice / réalisatrice d’accessoires de mode.

Avec plus de 200 tissus à votre disposition. Haut de gamme, en matières naturelles (coton, laine, soie, lin).

Cet article vise à me faire connaitre, et reconnaitre. À vous inciter à découvrir mes savoir-faire sur les accessoires (bandeaux, ceintures, écharpes, foulards, noeuds papillon, …).

Pourquoi peut-on lire tout et son contraire?

Dans le micro-détail, on peut compliquer … et noyer le poisson. Et comme il y a beaucoup de marketing, on va vous montrer la valeur d’un détail, en occultant le reste et le contexte. Par exemple, les propriétés isolantes d’un tissu évoluent selon qu’il est mouillé ou pas. Donc on peut vous dire qu’un pull en polaire (donc en polyester) est mieux que celui en laine parce qu’il évacue mieux la transpiration vers l’extérieur, et qu’il vaut mieux être au sec pour avoir chaud. Franchement, on a envie de le croire. D’autant qu’il y a du vrai … Par contre:

  1. dans la vraie vie, transpirer dans ses vêtements quand il fait froid, ce n’est pas la situation la plus fréquente;
  2. une laine humide -à cause de la pluie, la sueur ou l’air ambiant- apporte beaucoup plus de chaleur qu’un poly. humide (concrètement, parce que la laine reste plus sèche au contact de la peau car elle garde l’humidité à l’intérieur de sa fibre -qui est creuse-; alors que le poly garde l’humidité entre ses fibres, qui elles sont pleines);
  3. si vous transpirez, le polyester, pour les odeurs, est probablement la pire option;
  4. s’il fait froid et relativement sec, quel est alors l’intérêt du poly. par rapport à la laine? On peut citer le prix ou la solidité, mais ce n’est pas lié à la chaleur.

Tout cela est l’art de suggérer en utilisant une information partiellement vraie … mais sans donner toutes les éléments, et ainsi vous faire croire quelque chose qui n’est pas vraiment juste.

Quelles sont les 3 règles basiques pour s’habiller et avoir chaud en hiver?

La 1ère tient à la façon dont notre corps réagit face au froid. Les 2 suivantes sont les mêmes que pour l’isolation de votre habitation.

  • Protéger les extrémités: mains, pieds, tête et cou;
  • Éviter que l’air froid n’entre;
  • Avoir une couche isolante, qui encapsulera de l’air chaud autour de vous.

Ces 3 points sont indissociables.

Pourquoi d’abord protéger les extrémités?

Quand il fait froid, notre corps réduit la circulation sanguine vers les extrémités, pour garder le torse (respiration + organes vitaux / coeur) et le cerveau à 37°. Étant moins irrigués, les mains et les pieds sont les premières zones à ressentir le froid. En protégeant bien la tête, on permet au corps de se concentrer sur le torse. Quant au cou, certes, il y a la gorge, mais aussi des vaisseaux sanguins extrêmement importants: la veine jugulaire, et les artères carotides, qu’il faut aussi garder au chaud. Pour aider le cerveau à rester au chaud.

La circulation sanguine étant essentielle dans la lutte contre le froid, c’est mieux de la favoriser, et donc:

  • d’éviter de comprimer (je pense ici notamment aux pieds dans les chaussures);
  • de se contraindre à se détendre et respirer profondément (plutôt que rester crispée et en apnée dans le froid)
  • de faire un peu effort physique supplémentaire, comme marcher un peu plus vite.

Quelle est la bonne pratique pour les pieds?

Pour les pieds, il ne faut pas hésiter à prendre une pointure en plus. C’est l’air entre le pied et la chaussure qui vous tiendra au chaud. Pour la même raison (favoriser la circulation sanguine), il ne faut pas multiplier les couches de chaussettes; une bonne paire épaisse (en laine ou laine + synthé.) doit suffire. Il vaut aussi mieux avoir une semelle épaisse et isolante pour garder le froid du sol à distance.

MON ARTISANAT

Echarpe snood pour homme ou femme, avec une face en laine unie bleu marine, et une face à motif géométrique de vagues écrues en tissu de coton japonais
Echarpe double tour / snood pour femme, en tissus de laine et de coton, associant une laine unie de couleur olive / kaki avec un tissu japonais de couleur assortie avec un motif fleuri incluant rouille, bleu canard et kaki
Echarpe de créateur unique, faite main, de couleur rouge et écru / beige, de type Snood / double tour / infinie, associant une laine unie rouge foncé avec un patchwork de tissus japonais rouges en coton avec des motifs floraux et géométriques traditionnels
echarpe snood en tissu de coton japonais, camaieux gris / anthracite et motif géométrique en étoiles (asanoha) - homme / femme

Pourquoi et comment éviter que l’air froid n’entre?

Le faire a 3 avantages:

  • cela vous évite de ressentir le froid chaque fois qu’un peu de vent se lève;
  • cela permet d’emprisonner l’air chaud autour de vous,
  • cela évite à votre corps de devoir réchauffer cet air autour de lui chaque fois que du froid entre.

Comment?

  1. Il s’agit d’abord  de mettre un vêtement qui ne laisse pas passer le vent, et qui reste respirant (sans effet “sauna” quand on le porte). Ici, la matière n’importe pas, et c’est plutôt une affaire de tissage, qui doit être serré et dense. Donc, si un coupe-vent en membrane synthétique ira, par définition, cela est aussi le cas de tous classiques éprouvés que vous connaissez. 2 exemples parmi tant d’autres:
    • le drap de laine (caban, loden, etc.); la laine est ici compactée / feutrée, par foulage et/ou chauffage (laine “bouillie”). Efficace contre la pluie et le vent.
    • la gabardine de coton. Invention brevetée de Thomas Burberry. Efficace contre la pluie et le vent.
  2. Il s’agit ensuite de fermer toutes les ouvertures (idéalement aux manches, au cou, autour de la taille, aux chevilles). Cette possibilité toute simple fait par contre une énorme différence de confort contre le froid.

Facile à trouver? Traditionnellement, nos marques françaises sont plus axées sur le style que la fonction. C’est différent chez les Japonais (cf Uniqlo), ou les Anglo-saxons (Allemagne, Suède, Autriche, Norvège, …). En outre, ces pays sont aussi plus confrontés au froid que nous, et très compétents en terme de design (de manière générale: cf Ikea, BMW, etc., ainsi que spécifiquement dans l’habillement: cf. Jil Sander, Hugo Boss, Schneiders Salzburg, Napapijri, …). Un bel exemple: le classique trench anglais:

  • je peux fermer les manches avec les pattes;
  • couvrir le torse avec le revers;
  • couvrir le cou avec le col montant, et le fermer grâce aux agrafes;
  • “enfermer” le torse avec la ceinture

Tout cela, sans que ce soit préjudiciable au style.

Les cordons de serrage à l’intérieur du vêtement (aux manches et aux hanches) sont aussi une bonne option, d’autant qu’ils n’impactent pas l’aspect extérieur.

Comment vérifier simplement si un vêtement est bien coupe-vent?

Très simple: vous collez son tissu contre bouche et vous soufflez. Si cela passe difficilement, c’est parfait. Si cela ne passe pas, vous risquez d’étouffer. Si cela passe relativement facilement, vous aurez froid.

Pourquoi et comment créer une couche isolante autour de soi?

L’objectif est ici de faire une sorte de barrière thermique entre le corps et l’extérieur. Ce qu’il nous faut, c’est une matière dite isolante. C’est à dire qui ne transporte pas la chaleur. Le principe est facile à comprendre:

  • quand je chauffe une casserole, ses bords en haut sont aussi brûlants. Car le métal est conducteur, il transporte la chaleur; alors que nous, ce qu’on veut, au contraire, c’est garder cette chaleur et pas l’emmener ailleurs;
  • si je prends un plat chaud avec un torchon plié en 4 on en 8, je ne me brulerai pas. Car le tissu, globalement, conduit très mal la chaleur (ou le froid). La chaleur n’étant pas transportée, elle reste là où il est, et c’est ce qu’on veut.
  • par contre, si je prends le plat chaud avec un torchon mouillé, je vais me bruler; car l’eau prend la chaleur. Et peut même devenir rapidement une vapeur brulante.

Autre exemple: il fait +1°; vous laissez dehors un pull en laine et un bac d’eau. 2h après, vous plongez une main dans l’eau, et l’autre main dans le pull en laine. La main dans l’eau sera glacée et transie, pas l’autre, tout simplement parce que la laine est isolante alors que l’eau est conductrice.

Bref, pour ne pas avoir froid et surtout rester au chaud, il s’agit d’avoir un isolant thermique -peu conducteur de chaleur- autour de soi. Et là, contrairement à ce que vous pourriez lire, toutes les fibres naturelles (laine, coton, lin, chanvre, etc.) sont d’excellents isolants thermiques. D’ailleurs, toutes -hormis la laine car c’est trop cher- sont utilisées dans le bâtiment, et on peut y ajouter la paille, le coco, le bambou, etc.

Ensuite, un isolant thermique, très bon et gratuit, c’est l’air. C’est le principe utilisé pour les fenêtres à double vitrage. Donc encapsuler de l’air autour de soi, dans une matière isolante est une excellente option, et c’est  même la meilleure de toute. On l’obtient parfaitement et naturellement avec des plumes (duvet) ou des poils (peau lainée). Et pourquoi c’est la meilleure? C’est qu’il est plus facile, plus rapide, moins énergivore de chauffer de l’air que n’importe quelle matière solide.

Les autres options:

  • ce sont tous les textiles, tissés ou non, qui encapsulent de minuscules poches d’air (voir le paragraphe ci-dessous)
  • multiplier les couches (sous-vêtement, sous-pull, pull, etc). Si, évidemment, chaque couche ne va pas à contre-sens de l’effet voulu.

Ce qu’il faut éviter:

  • mettre une “membrane”, genre collant ou t-shirt moulant en lycra, qui n’encapsule aucun air.
  • le coton par temps humide

La meilleure option: à date, rien ne surpasse le vrai duvet animal (sauf en condition très humide).

MON ARTISANAT

Ceinture obi à nouer faite main avec un tissu japonais avec un patchwork de différents motifs traditionnels, (géométrique, floral et carpe koi), de couleur rouille, marine et ocre
Bandeau à cheveux pour femme en tissu Liberty Thorpe, de couleurs ocre, orange brulé et moutarde

Quels sont les textiles qui tiennent bien chaud? Quelle importance donner à l’épaisseur?

Là, c’est un peu complexe, car il y a plusieurs critères qui importent. Mais au final, c’est simple. En sautant au paragraphe suivant, vous avez les conclusions sans les explications.

Les 4 critères qui importent:

  • l’épaisseur,
  • la densité (i.e. fils serrés, par opposition à fils espacés)
  • la finesse de la fibre
  • la forme de la fibre (ondulée ou rectiligne).

L’importance respective de la densité des fils et de l’épaisseur est facile à comprendre avec le dessin ci-dessous (qui vaut pour ce qui est tissé), qui montre bien qu’un tissu est en 3D:

En général, on se dit que plus les fils sont épais, plus le tissu est épais, et plus l’effet barrière augmente. Cela semble d’une logique absolue, mais c’est trompeur car insuffisant.

En effet, si les fils sont relativement espacés, ce qui n’est pas forcément visible à l’oeil nu, le tissu sera une “passoire”. Et vice-versa si c’est tissé très serré (comme le tweed écossais; par ex.). Dit autrement, un pull très épais en super laine, mais avec un fil peu torsionné et une maille relativement lâche, protègera moins bien contre le froid qu’un pull plus fin tissé très serré … et ce sera encore plus vrai si l’air circule un tant soit peu.

Si la fibre est ondulée comme ci-dessous, ce qui est naturellement le cas des laines (mouton, chèvre cachemire, alpaga, mérino, …), et en l’occurrence indéfrisable, eh bien le fil, puis le textile auront toujours plein de minuscules poches d’air entre les fibres:

Dit autrement, ces différentes fibres, parce qu’elles sont tordues et indéfrisables et creuses, on ne peut pas en faire quelque chose de totalement plein, il y aura toujours de micro-capsules d’air emprisonnées dedans.

Si on prend une fibre ondulée plus fine qu’une laine de mouton, comme le cachemire ou le mérino, le textile résultant -toutes choses égales par ailleurs- encapsulera encore plus d’air, dans de plus petits espaces encore plus nombreux. Il isolera donc mieux, et tiendra encore plus chaud. Ce qui explique que, là encore toutes choses égales par ailleurs- un pull cachemire tienne plus au chaud qu’un pull de laine (toutes choses égales par ailleurs = spécifications comparables pour le fil et le tissage).

Avec un duvet et des plumes, le principe est exactement le même.

Ensuite, on peut encore plus compacter, encore plus réduire la taille des espaces vides, tout en augmentant leur nombre. C’est la différence qu’on obtient entre une laine tricotée d’écharpe … et un feutre de laine.

A titre d’exemple, les bottes russes traditionnelles (Valenki) en laine feutrée sont remarquables d’efficacité par température sibérienne (-30 / -40°C).

MON ARTISANAT

Serre-tête à noeud / bandeau à cheveux rigide pour femme en lin de couleur jaune moutarde
Ceinture obi à nouer noire, motif de frise dorée avec dessins de fleurs objets et cordons, mêlant gris, vert et violet
Housse / Etui pour tééphone / smartphone en tissu japonais bleu marine à motif géométrique de vagues
Noeud papillon, pré-noué ou à nouer, pour homme ou enfant / garçon, fait main avec un tissu Liberty London, motif floral Thorpe, aux couleurs bleu marine, beige, rouille

Les grandes options pour s’isoler (version simple)

  • tout ce qui est à la fois très léger et très volumineux (duvet, plume, …)
  • tout ce qui est dense (tweed, gabardine, molleton, etc) … si la matière est indéfrisable
  • toutes les laines, et plus particulièrement les “laines” à fibre de faible diamètre (cachemire, mérino, angora, ….)
  • les options naturelles restent à date les plus performantes en condition de vie normale. Ce qui ne veut évidemment pas dire que les synthétiques ne soient pas performants. En outre, elles sont aussi plus chères, moins solides, plus agréables à porter, plus efficaces contre les mauvaises odeurs. Les mélanges naturel / synthétique offrent des compromis intéressants.

Pourquoi les laines et duvets sont supérieurs?

Basiquement, laines et duvets sont “nativement” des protections contre le froid. Ils résultent de millénaires d’évolution, et on ne sait pas produire des équivalents. Sous-entendu aussi complexes (fibres creuses, autant ramifiées, aussi compliquées que légères), et permettant à des êtres vivants de survivre à des périodes de très grand froid ou de glaciation.

La grande supériorité de la laine vient notamment du fait que c’est une fibre creuse -contrairement aux fibres artificielles, ce qui est un avantage quand on parle d’isolation / encapsuler de l’air; et qu’elle est indéfrisable. En outre, on peut ajouter que:

  • elle peut stocker environ 30% de son poids en eau, ce qui lui permet de rester sèche au contact de la peau, même quand l’air est saturé;
  • c’est, à ma connaissance, la meilleure matière pour éviter les odeurs de transpiration;
  • elle est biodégradable, contrairement au polyester.

La supériorité du duvet vient du fait qu’il contient encore plus d’air par unité de volume. Et quand on le voit concrètement, le duvet est la protection qui permet à un bébé (caneton, oison, …) de survivre au froid.

Enfin, le polyester … il faut jamais oublier qu’un fil de polyester est un tube plastique dérivant du pétrole. J’y reviens après.

Pourquoi la laine de chèvre (cachemire / mohair) est supérieure à celle du mouton?

Parce que leur laine -ou plutôt leur duvet- est fait d’une fibre plus fine que celle du mouton. Comme expliqué précédemment, cela permet au textile en cachemire d’encapsuler plus d’air par unité de volume (cf. ci-dessus).

Historiquement, ces étoffes sont rares; déjà parce que ces chèvres se trouvent dans l’Himalaya. Et ensuite parce que c’est techniquement plus difficile à utiliser. Reste que c’est connu et utilisé depuis plusieurs millénaires. Deux exemples emblématiques de pays froid:

Les 2 tiennent incroyablement chaud malgré leur finesse.

Pourquoi le synthétique est inférieur aux laines et duvets?

Quand on parle de synthétique, on parle surtout de polyester, qui est un matériau plastique dérivé du pétrole. Déjà, plastique et froid …

Comme expliqué précédemment, laine et cachemire sont des fibres creuses et indéfrisables. Et quand on les file, puis les tisse (ou tricote, ou foule), on obtient forcément un fil et un tissu contenant une quantité hallucinante de micro-capsules d’air. Et pour le duvet, c’est la même chose en plus fin, et avec une forme de flocon. Et encore une fois, cela permet aux moutons et canards de survivre “nus” dans le froid hivernal.

A date, faire des fils de polyester avec les caractéristiques d’un poil, i.e. indéfrisable et creux est inatteignable. Comme on est toujours loin de faire une soie proche de celle du ver bombyx ou qui ait le cocktail solidité / souplesse de celle de l’araignée.

Le 2nd désavantage du poly. par rapport aux laines est qu’il garde l’humidité (la sueur, la vapeur dans l’air) entre ses fibres, et donc au contact de la peau. C’est un inconvénient car l’eau est conductrice et pas isolante. C’est vrai qu’il sèche plus vite -justement parce qu’il ne garde pas l’humidité à l’intérieur de la fibre- mais cet intérêt, il vaut quand on le met à sécher, et pas quand on le porte.

Les avantages du polyester sont le prix, la capacité à être joliment colorés, la solidité, et sa capacité à sécher plus vite, qui peut être pertinente dans certains cas. Les 2 gros inconvénients sont les odeurs et la pollution micro-plastique qu’on retrouve de plus en plus dans nos assiettes. Après, pour atteindre de belles capacités techniques, il faut déployer des trésors de technologie … ce qui a un prix.

Dans quel cas éviter le coton ou la viscose?

Coton et viscose sont 2 isolants thermiques. Par contre, ce sont 2 matières hydrophiles et très absorbantes. Et on a vu précédemment que l’eau est thermiquement conductrice.

Si vous faites un effort physique, au moins relativement soutenu, ou lorsque l’air ambiant est chargé en humidité, alors oui, coton et viscose ne sont pas de bonnes options.

A contrario, si vous en faites pas d’effort, et si l’air est plutôt sec, coton et viscose seront isolants thermiquement. Le fait qu’ils le soient plus ou moins dépendra alors de la façon dont ils ont été travaillés.

Quelle matière privilégier pour les sous-vêtements?

Cela dépend des conditions météo.

Par toute météo (hors condition particulière, type sport, pleine mer, … ), pour des situations normales de la vie quotidienne, les laines (mouton, chèvre, …) sont intrinsèquement supérieures grâce au cumul de tous leurs avantages (isolants thermiquement + fibres creuses + fibres indéfrisables + capacité à stocker l’humidité dans la fibre + sèches plus longtemps au toucher qu’un poly ou coton ou viscose). Évidemment si elles sont bien travaillées.

Toujours par toute météo et hors condition spéciale, le lin est une excellente alternative. Presque aussi performant que la laine, mais avec en désavantage d’avoir une fibre plus épaisse (qui encapsulera donc moins d’air), et non indéfrisable. Par contre, c’est un très bon isolant thermique, qui a l’avantage d’avoir une fibre creuse, de pouvoir stocker de l’humidité dans sa fibre, et de rester sec plus longtemps au toucher

Par temps froid et sec, coton et viscose peuvent être portés, ce sont 2 très bons isolants thermiques, s’ils sont travaillés correctement.

Par temps froid et humide, en condition de vie normale et hors activité physique, le polyester a l’inconvénient de garder l’humidité entre ses fibres, et au contact de la peau.

Pour les activités extérieures?

Si vous allez faire une randonnée … si vous allez au bureau à vélo … ou allez jardiner …bref, si vous pouvez transpirer, dans ce cas, il faut une couche supplémentaire au contact de la peau qui gère la sueur (notamment car l’eau est un mauvais isolant).

Si votre budget le permet, je vous conseille d’essayer un sous-vêtements (T-shirt manches longues) en laine de mérino; c’est très doux, isolant, performant par temps froid ou chaud, très résistant aux mauvaises odeurs. Mais certes fragile.

Le lin est une excellente alternative, contrairement aux préjugés qui l’associent uniquement au temps chaud. Pour en savoir plus

Les synthétiques techniques peuvent être une bonne option (hormis sur l’odeur, où ce sont les pires), mais comment dire …. il y a énormément d’argent investi sur le “comment faire croire que …”, et notamment “comment faire croire que la technologie permet de …” avec des arguments qui semblent scientifiques, et qui sont étayés par des tests biaisés et mis en scène avec un vocabulaire attirant …

Les mélanges (synthétique + laine ou synthétique + lin) me semblent une option plus pertinente, et d’ailleurs elle s’impose. Basiquement parce qu’elle permet en partie d’associer les bons aspects de chacun … mais aussi, et il ne faut jamais l’oublier, les limites de chacun.

Quels pièges à l’achat faut-il déjouer?

Une chose très importante est de distinguer la matière et le tissage. Souvent, des produits sont indiqués sous un faux nom ou un nom incomplet ou un nom visant à usurper une qualité. Un exemple évident est la laine polaire, qui n’a rien de laine ni de polaire, et qui devrait s’appeler fibre synthétique ou PET ou autre dénomination plus juste.

Certains s’attachent à mettre en avant le tissage ou la confection, en occultant la matière. Si vous lisez quelque chose qui peut vous évoquer une qualité ou une certaine protection, genre tweed, gabardine, velours, flanelle, feutre, … il faut absolument ne pas s’arrêter là. Ce sont des “tissages” au sens “large” (techniquement, parfois tricotage, parfois intissé comme le feutre), mais il faut ABSOLUMENT avoir la composition en terme de matière(s).

Cette information sur la composition et les matières est obligatoire. Celui qui ne la donne pas est à fuir. Celui qui la masque doit être considérer avec une vraie méfiance. Cette information est nécessaire -certes non suffisante- à la fois pour des raisons de performance et de prix. A titre d’illustration, la laine (de mouton) coute énormément plus cher que du poly., et entre un 80% poly / 20% laine et un 80% laine / 20% poly, il y a un vrai gouffre de qualité et de coût.

Cela mériterait un post en soi, mais il faut être prêt: à partir du moment où vous regardez des tissus “techniques”, vous serez confrontés au sophisme et au paralogisme, i.e. à des raisonnements plus ou moins fallacieux, et avec des arguments ou mots techniques, qui donnent un halo de vérité, mais … dans l’immense majorité des cas, vous avez derrière des services marketing qui évaluent combien les phrases sont persuasives … et on prend la plus adaptée. Ça, c‘est un appel à la vigilance.

Juste un exemple basique: si on vous dit 3 fois plus isolant ou 2 fois plus imperméable, vous vous dites: “c’est bien” ou “c’est certainement”. Mais c’est X fois mieux que quoi, c’est quoi la base? Et après, c’est quoi la pertinence de cette base? Genre si c’est 3x mieux que le précédent, qui a été arrêté parce qu’il était mauvais, cela ne veut pas dire qu’il est 3x mieux que celui d’une autre marque, il peut d’ailleurs toujours être moins bien.

Plus loin, il faut toujours prendre énormément de distance toutes les mesures, indices ou chiffres qu’on peut vous donner. Globalement, on est sur des phénomènes physiques, de thermodynamique, de capillarité, etc. Ces “trucs” sont impossibles à simplifier parce qu’il y a toujours plusieurs critères qui interagissent. Ça dépend des conditions de température, de la pression (atmosphérique), de l’humidité, de la vitesse du vent, etc. Alors qu’un test est toujours fait dans un laboratoire, et dans une situation figée. Parce qu’un vrai test pour comparer 2 choses, c’est toutes choses égales par ailleurs …  concrètement, ça veut dire faire un pull en laine et un pull en poly totalement identiques à la matière près, et les tester sous différentes conditions … enfin, parce que c’est quoi le critère d’évaluation? Comment on mesure d’avoir plus ou moins chaud, indépendamment des conditions dans lesquelles on est? C’est quoi l’unité? Il n’y en a pas. C’est bon pour cela que rien ne vaut l’expérience, la sienne et celle des autres …. et ce qu’on sait par expérience, depuis des années importe. Comme les bonnes pratiques éprouvées dans les pays froids.

Le bon principe ici est donc d’utiliser aussi son bon sens. Par exemple en privilégiant les marques qui ont confirmé, dans la durée, qu’elles amélioraient vraiment leurs performances. Autre illustration: on peut se dire que les marques dédiées aux alpinistes font des bons produits contre le froid et la neige. Oui. Par contre, c’est moins vrai pour la pluie, et cela concerne des gens qui font un effort physique. Dans un autre genre, une marque d’équipement moto s’adresse à des personnes confrontées au froid, au vent, et à la pluie, alors qu’elles sont immobiles. Au-delà du style, considérer des gants ou une veste de motard est loin d’être idiot.

Que retenir de tout cela?

Pour avoir bien chaud l’hiver il faut:

  1. protéger les extrémités (mains, pieds, cou, tête)
  2. fermer mes entrées d’air et empêcher l’air froid d’entrer (manches, encolure, tour de taille);
  3. avoir une couche isolante autour de soi, qui emprisonne au maximum d’air. Au mieux en matière naturelle éprouvée contre le froid depuis des millénaires (laine, cachemire, duvet).

Auquel on peut ajouter favoriser la circulation sanguine, en restant détendu, et en faisant un minimum d’effort physique.

Les bonnes options isolantes sont, pour une utilisation “normale”, en ordre: les duvets de plume, les pulls en fine laine (cachemire, mérinos), les pulls tissés serrés (par ex. en tweed, pulls marins, …), puis viendront les pulls type polaire. Toutes les laines ne grattent pas … notamment justement quand elles sont elles-mêmes grattées, pour obtenir une face douce … ou simplement quand elles sont de qualité.

En fait, c’est la capacité à contenir de l’air qui compte. On pourrait en juger à l’effet “bouffant” ou à l’épaisseur, mais c’est trompeur. En effet, un pull fin en cachemire (fibre entre 15 et 19 microns de diamètre, suivant les qualités) peut vous tenir plus chaud qu’un pull plus épais en laine classique (entre 20 et 30 microns, suivant les qualités), surtout si ce dernier est tissé lâche avec un fil pas très bien torsionné (ce qui coûte moins cher).

Enfin, se protéger contre l’air extérieur doit être la priorité: même un manteau en épais drap de cachemire ne sera pas d’une grande utilité si l’encolure reste grande ouverte, s’il est ample aux hanches ou aux manches.

PS: La toile en haut est du peintre russe Nikifor Krylov et date de 1827.

MON ARTISANAT “CHAUD”

Echarpe snood pour homme ou femme, avec une face en laine unie bleu marine, et une face à motif géométrique de vagues écrues en tissu de coton japonais
Echarpe pour femme de couleur noire, en laine et tissu japonais avec un motif floral multicolore
Echarpe snood bleu, turquoise et écru, associant 2 tissus japonais en coton à motifs de vagues et de carpes koi, avec un coton bleu et blanc à rayures. d'étoiles asanoha
Echarpe avec une face en laine bleu marine et une face en tissu japonais de style patchwork avec des bandes de motifs, soit floraux soit géométriques
Echarpe Snood / double tour de cou orange et bleu, laine orange unie et tissu japonais à motif de carpes Koi
Echarpe Snood / double tour, une face en laine et soie chiné noir et gris, un face en tissu crêpe japonais multicolore, patchwork de motif fleuri et géométrique, orange moutarde vert
Echarpe bleu marine en laine avec des motifs écrus géométriques et floraux
Echarpe snood bleu gris, uni motif

8 thoughts on “Les 3 principes basiques et toujours vrais pour s’habiller chaud l’hiver, quand il fait froid

  1. Castillo dit :

    Merci beaucoup pour cet excellent article.

    1. Et merci beaucoup à vous de me l’avoir écrit. Chaleureusement, Polina

  2. Pascale dit :

    Merci pour cet article très intéressant. Je me demandais, le pourcentage de laine dans un textile mélangé est-il important (par exemple, 30% de laine, est-ce aussi chaud que 80% de laine si le tissu est gonflant et moelleux ?)

    1. Bonjour Pascale. Petite question, et la réponse sera plus longue, et je m’excuse. Et d’abord, merci de réagir et de me faire part de votre intérêt. Sur le fond, il y a plusieurs trucs qui importent: la coupe, la matière, la densité du tissage, l’épaisseur. Ce n’est pas possible de donner une valeur “mathématique” à chacun et tout est lié. Après, intrinsèquement, les laines sont plus isolantes car creuses, et “ondulées”. Donc oui, plus il y a de laine, mieux c’est. Mais on va élargir: pour un budget donné, mettons 100 Euros, vous avez le choix … entre un pull plutôt fin en cachemire, un plus épais en mérino, un encore plus épais en belle laine, un encore plus épais en laine qui gratte, une polaire haut de gamme vraiment épaisse … et mettons 4 pulls en synthétique bon marché et dans l’air temps. Personnellement, si l’objectif est d’avoir chaud en ville, je prends le col roulé en cachemire. Et comme je n’ai pas les moyens d’en avoir plusieurs, je le prends dans une couleur que j’adore, et chaque fois que je le mettrai, je me sentirai très bien dedans, à tous les niveaux. Sinon, cette année, on a eu quelques soucis chez nous avec le chauffage, et je travaille chez moi … en toute transparence, je me suis achetée une doudoune en plume / duvet, sans manche. C’est pas vraiment esthétique, mais vraiment très efficace. Espérant que cela vous soit utile et en vous souhaitant une excellente fin d’année, Polina

  3. AOUASTI dit :

    Bonjour Polina,

    Je vous remercie de partager vos connaissances pour s’habiller en meilleure connaissance de cause. Vous êtes super ! :-)

    Je souhaite reçevoir vos conseil concernant mon fils : il a débuté le football et il revient souvent avec des ampoules aux pieds. C’est un enfant qui transpire très vite (cheveux mouillés, grosses gouttes de sueur) et je ne sais pas quelle matière de chaussettes lui mettre sous ou au-dessus de ses chaussettes de foot pour éviter les frottements et trop de transpiration. Nous habitons en Belgique. La météo est souvent humide.
    De plus, pour le protéger du froid quand ce sera l’hiver, je pense qu’un sous pull en laine de merinos sera adapté suite à lecture de vos articles.

    Pouvez-vous me conseiller pour les chaussettes et les sous pulls ?

    Je vous remercie encore pour votre contribution à un monde vestimentaire meilleur. :-)

    Meilleures salutations,

    Nora.

    1. Bonjour Nora,
      merci de votre commentaire :-) et la question. Votre phrase finale m’a donné un énorme sourire
      J’ai un fils qui fait du rugby depuis 7 ans je crois, je vois à peu près le truc. Sur le fond, que votre fils transpire des pieds, meême si c’est plus que la moyenne, en faisant du sport, c’est normal. Par contre, visiblement, cette transpiration ne sort pas comme elle devrait. La 1ère chose qu’il faut regarder, franchement, ce sont les chaussures. D’autant que s’il y a ampoule, c’est quasiment toujours parce que la chaussure est trop grande ou trop large, il y a trop de frottements, le pied bouge trop; clairement, le pied doit être à l’aise. A froid, on doit pouvoir glisser un doigt en plus du pied dans la chaussures … mais pas 2. Les enfants veulent des chaussures comme la star X ou Y … pour le rugby, on fait essayer les chaussures à notre fils en lui bandant les yeux, pour qu’il choisisse la meilleure pour ses pieds. Bref, si la chaussures est en plastique et fait étuve, et est en plus un peu trop grande, votre fils aura des problèmes avec n’importe quelles chaussettes.
      Concernant les chaussettes, porter 2 paires c’est plutot bien, voire mieux, les chaussettes de club étant rarement de qualité. Il faut que celle au contact de la peau soit fine et respirante … il y a des chaussettes techniques anti-transpiration, en poly, notamment pour la randonnée qui sont franchement très bien. De plus en plus, pour être encore meilleures, elles intègrent du mérinos ou du lin … le lin est mésestimé, c’est super à plein de niveaux, été comme hiver, personnellement, j’adore. Après, c’est aussi une question de buget, mais à mon avis, l’enjeu, c’est d’abord les chaussures, qu’il faut essayer avec les chaussettes qu’il porte quand il joue.
      Concernant le sous-pull … le mérinos est beaucoup plus cher, je ne suis pas sure que ce soit une dépense raisonnable pour enfant … c’est plus fragile (tirage de maillot), les enfants ont tendance à oublier leurs affaires, etc. Et d’autres options font le travail. Même chose pour le collant d’ailleurs. Par contre, il faut vraiment une doudoune qu’il puisse mettre quand il ne joue pas, et faire les gros yeux quand il ne la met pas. Au cas où vous assiteriez aux matchs et entrainements … maintenant, je n’y vais plus, mon fils a l’âge où il veut être seul, mais bon, la mère doit aussi bien s’équiper, surtout aux pieds ! 2h debout dans le froid ….
      Espérant que cela vous sera utile
      Bien à vous
      Polina

  4. De L'estourbeillon dit :

    Vraiment merci Polina pour cet article très intéressant qui répond à toutes les questions que je pouvais me poser . Vous donnez toutes les explications, ce qui nous permet de comprendre et vous avez beaucoup de bon sens. Je n’étais pas très convaincue par les polaires et suis assez heureuse en vous lisant, de voir que les bonnes vieilles matières ont encore leur rôle à jouer contrairement à ce que les business men voudraient nous faire croire. On nous promet un hiver difficile à cause des restrictions de chauffage qu’ils veulent nous imposer abusivement, vos conseils sont très précieux et je vais les partager.

    1. Bonjour, écoutez, un grand merci à vous pour me l’écrire, et sincèrement très heureuse de vous aider à y voir plus clair. Je prends énormément de temps à écrire mes articles (parfois quelques mois), surtout parce que j’ai la chance d’avoir beaucoup de commandes, mais aussi parce que je vérifie tout plusieurs fois … et j’aime lire les publications scientifiques, ce qui prend aussi du temps.
      En hiver, à la maison, personnellement, je suis fan de lin + doudoune en duvet. Contre le froid, à la maison et donc hors conditions pluvieuses / venteuses et hors activité réellement physique, les matières naturelles, quand elles sont de qualité et bien travaillées, sont imbattables. Mais elles ont un prix. Que je considère personnellement comme un investissement valant sacrifices par ailleurs. En Sibérie, ils le considèrent comme une condition de survie, ou pour le moins de vie. Quand il fait -40°, on voit vraiment ce qui marche, c’est immédiat, et on ne tergiverse pas.
      En vous souhaitant plein de bonnes choses, cet hiver et au-delà
      Polina

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