Bien Assortir, Le monde des Couleurs

Comment Mieux Porter le Noir? Choisir son meilleur noir

Le titre peut surprendre. Pourtant:

  • un vêtement noir n’est jamais totalement ou exclusivement noir, il a son teint, sa lumière;
  • le noir est la couleur la plus foncée, et tout contraste exacerbe les couleurs.
  • notre visage a ses propres couleurs, sa texture, sa lumière.

Voici donc clés pour bien « lire » la couleur noire. Pour trouver votre meilleur noir, celui qui vous rend plus jolie; et éviter ceux qui vous rendent plus … terne.

1. Pourquoi les vêtements ne sont pas totalement noirs?

Un vêtement noir n’est jamais noir au sens strict du terme. Notamment parce qu’on parle de colorants -pas 100% noirs- qu’on applique sur une matière, qui n’est ni 100% noire, si 100% blanche. En outre, le seul vrai noir est dans un monde sans lumière. En fait, les autres couleurs apparaissent souvent avec le délavage du noir …

La matière et le tissage sont 2 autres ingrédients du noir. Une toile de coton noir et un satin de soie noir n’auront jamais la même couleur, ils réagissent différemment à la lumière, et c’est la lumière qui donne la couleur.

Ensuite le vêtement est un vecteur d’émotion. Notamment à travers la couleur. Et une petite différence de ton ou de nuance peut avoir un effet important sur l’attirance … ou pas. C’est évident pour tous dans le cas des bleus du Denim, ça l’est moins dans le cas du noir, mais c’est exactement pareil; coloristes et teinturiers travaillent énormément sur les nuances de noir, les interactions tissus / teinture, et leur effet sur la préférence.

A la fin, il y aura une vraie harmonie entre vous et le tissu, ou pas. Un effet positif, ou pas, ou pire. Or, avec le noir, on bascule vite vers le terne, le banal ou le plombé. Parfois, on le sent, mais on ne veut pas le voir … ou on ne comprend pas pourquoi. Comment un noir peut ne pas aller? Et qu’est ce que ça change un noir qui va?

2. Quelles sont les nuances colorielles du noir?

Il y a 3 couleurs proches du noir qu’on a tous en tête: anthracite / charbon, bleu nuit, et bistre / café / ébène. On peut aussi évoquer les reflets violets de la mûre ou du cassis. Reste qu’il n’y a pas une ligne frontière claire entre ces couleurs et le noir. Parfois, la différence est visible, parfois elle est ténue et on ne la découvre qu’en plein soleil.

Un tissu noir a en fait un sous-ton, qui peut être brun, bleu, jaune, rouge, orange, violet, vert ou blanc / gris … Voici quelques exemples simples, afin que vous voyez d’où l’on vient et où on peut aller. Sur un écran, sachant que c’est encore plus riche et plus subtil dans la vraie vie.

85% Noir + Jaune
92% Noir + Jaune
95% + Jaune
85% Noir + Magenta
92% Noir + Magenta
95% Noir + Magenta
85% Noir + Cyan
92% Noir + Cyan
95% Noir + 100% Cyan
80% Noir + Orange
90% Noir + Orange
95% Noir + Cyan

Il y a une différence entre voir et percevoir / ressentir. Les différences ne sont pas forcément remarquées comme un nez au milieu de la figure, mais elles sont perçues et ressenties.

3. Pourquoi la culture extrême-orientale de la couleur Noire est-elle plus riche que la notre?

C’est lié à l’usage séculaire de l’encre (de Chine) pour le dessin, la peinture, et la calligraphie; et à la technique du lavis (avec une seule couleur, plus ou moins diluée pour obtenir les tons souhaités). Écrire des sinogrammes exige de chacun une certaine habileté, de la main mais aussi de l’oeil. Et l’encre, la vraie encre naturelle, n’est aussi jamais noire, et révèle d’autres teintes à la dilution.

Pour obtenir différents tons de noir, on utilise une pierre, sur laquelle on va frotter le bâton d’encre, pour l’y mélanger avec de l’eau. Le résultat est affaire de quantité d’eau, d’encre, de façon de mélanger, de qualité de la pierre et de l’encre, … C’est un savoir faire. Toujours présent.

Au Japon, le lavis à l’encre noire est un art (sumi-e). On y parle des 5 couleurs de l’encre: clair, foncé, mouillé, sec, et concentré.

Toutes ces pratiques ancestrales -ancrées dans la culture- font que l’oeil est plus habile à « lire le noir ».

4. Pourquoi les Japonais voient-ils plusieurs noirs?

Le Japon s’est fermé au monde pendant 2 siècles.

Pendant cette période, ils ont continué à travailler avec les pigments naturels ancestraux. Ils en ont perfectionné l’utilisation à un niveau inégalé. Mais ces pigments ne permettent pas d’obtenir des couleurs propres et pures.

L’autre effet de cette fermeture est que cela les a tenu éloignés des découvertes scientifiques sur l’optique et la lumière (Newton, 17ème). Et donc de connaître nos couleurs « pures » de référence.

Techniquement, quand on parle de teinture, il y a plusieurs méthodes pour foncer une étoffe. La concentration de pigments: plus il y a de pigment, plus ça fonce l’étoffe, et donc plus ça noircit. C’est le principe de l’encre de Chine: de la suie concentrée dans un liquide. Une autre technique est de faire plusieurs bains, comme on ajoute des couches de couleur en peinture. Ou encore, l’approche empirique des couleurs complémentaires, i.e. ajouter des pigments différents, dont l’addition augmente la noirceur.

Reste que toutes ces techniques, avec des pigments traditionnels, ne permettent pas d’avoir du noir, mais de s’en approcher. D’où ces mots du langage courant, pour désigner des tons de noir, en liaison d’ailleurs avec l’art et l’artisanat.

Le Noir:

En référence, un noir « total » d’écran.

Sumi-Iro:

Sumi = Encre, en référence à celle de Chine. C’est un noir plutôt multicolore, ou un tout petit peu vert.

Sikkoku:

Littéralement, laque noire. Un noir satiné, équivalent à notre noir de jais.

Katsu-Iro:

Katsu = vaincre. Fait référence au fait qu’il fallait battre le tissu pour y faire pénétrer l’indigo en profondeur.

Nureba-Iro:

Littéralement, plume mouillée. Un noir brillant, qui fait référence au corbeau, aux reflets bleu violacé.

Aisumicha:

Littéralement, bleu encre thé, sachant que thé signifie aussi marron.

Kurobeni:

Littéralement, noir rouge. Donc un noir légèrement rouge

Kurotsubami:

Littéralement, chêne foncé.

5. Comment mieux voir l’autre couleur présente dans un tissu noir?

La méthode consiste à comparer avec une référence que vous savez vraiment noire, un noir ni brillant ni mat (donc un peu satin); idéalement, une carte de photographe qui sert à calibrer les couleurs. Ou un tissu que vous savez être vraiment noir pour l’avoir vu sous un beau soleil de midi. Il faut comparer sous une lumière blanche. Vous verrez ainsi, par différence, les couleurs et nuances non noires.

Avoir une référence légèrement satiné permet également de mieux évaluer combien c’est mat, ou brillant.

6. Comment trouver son meilleur noir?

D’abord, il y a 2 enjeux: le ton de noir, et la matière du noir.

La couleur marche avant tout par effet d’harmonie et de contraste. Et les contrastes exacerbent les couleurs. Exemple classique: le noir rend le blanc plus blanc, et vice-versa. Et si on prend une chemise qui a perdu sa blancheur, mieux vaut la porter sur un denim sur que un pantalon noir. En plus, ce qui est vrai pour les couleurs opposées, l’est aussi sur vif / neutre / pastel / pale. Ou sur brillant / satiné / mat. Ou sur foncé / moyen / clair. En clair, la proximité d’un ton vif rend le pale plus pale, etc.

Donc le noir, en étant dense et foncé, va contraster avec votre visage et en faire ressortir ce qui est sombre (ombres et cernes inclus, par effet de contraste). Cela peut vous donner un teint plus blême, des cheveux plus gris. Voire de vous faire disparaitre si votre visage est peu contrasté. Le sous-ton dans le noir va aussi être en harmonie avec votre visage, ou pas. Une manière de recréer de l’équilibre sera le maquillage; une autre est un accessoire type foulard; une autre est d’avoir un noir tirant vers la couleur qui s’associe le mieux avec votre visage (brun, orangé, doré, …). Car si vous avez une telle pièce (manteau, veste), tout deviendra plus simple, plus cohérent, et plus harmonieux. Globalement, tous les noirs ayant du rouge ont un effet positif sur le teint; pour les autres couleurs qu’on peut y ajouter, cela dépendra des couleurs de votre visage.

J’aime à voir les tissus comme la peau. Il y a des peaux comme la soie, d’autres comme le coton. Certaines sont lustrées, d’autres sont mates. Certaines sont lisses, d’autres sont texturées. Certaines sont humides et d’autres plus sèches. En matière de vêtement et de couleur, tout est affaire d’harmonie, de contraste, de dosage, d’intention. Quand on a une peau lisse, soyeuse, lumineuse, légèrement grasse, la soie est un choix très cohérent. Uun coton mat le sera aussi, pour mettre en valeur son identité, par effet de contraste; mais bien jouer le contraste est toujours plus compliqué.

Enfin la méthode la plus efficace pour trouver votre meilleur noir: sous une lumière vraiment blanche (idéalement sous un beau soleil de midi), un jour où vous vous sentez bien, et êtes sans le moindre maquillage, vous placez le tissu -ou votre vêtement- sur le visage, et là, de 2 choses l’une: si ca va vraiment, et cela vous rend clairement plus jolie, et alors vous prenez cela comme votre meilleur ami; dans le cas contraire, et ca inclut le doute, vous pourrez toujours le porter, mais de préférence loin du visage, ou recouvert par quelque chose, ….

7. L’intérêt d’apprendre à bien lire les couleurs (dont le noir) et les tissus

Je ne crois pas aux règles de style. Un jardin japonais n’aura jamais rien à voir avec un jardin français, qui seront tous 2 différents d’un jardin anglais, qui seront tous 3 différents d’un jardin espagnol. Et pas uniquement pour des raisons climatiques.

Par contre, il y a les techniques, souvent ancestrales, de différentes cultures. Les connaître et les pratiquer amène plus vite au savoir-faire. Bien lire les couleurs et bien les utiliser en fait partie. Et c’est en forgeant qu’on devient forgeron.

Toute couleur est un assemblage de teintes. Comme un mot est un assemblage de lettres. En apprenant à lire les couleurs, on apprend progressivement à les combiner avec plus de justesse et de pertinence. Puis à donner du sens, partager des émotions, raconter une histoire, sa propre histoire, …

La bonne couleur n’existe pas dans l’absolu, c’est juste celle qui vous va le mieux. En fonction de qui vous êtes, de vos goûts, de votre humeur, … mais aussi de vos formes, de votre teint, de la votre peau, …. Trouver la bonne cohérence entre le tissu et vous est un atout formidable. Cela donne une forme d’évidence à vos choix, une évidence qui s’impose alors à tous de manière tout à faire naturelle et spontanée.

8. Que retenir de tout cela?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le noir est une couleur pleine de subtiles nuances. Parmi ces nuances, il y a la votre. Autant la connaitre.

9. Pour finir cette 1ère partie, une image qui résume l’incroyable richesse du Noir

Il s’agit d’une peinture à l’encre (lavis) de Syunko Sugiura (1844 – 1931).

Juste sidérant.

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