Le monde des Tissus

Comment s’évalue la qualité d’un tissu pour les vêtements et accessoires de mode?

C’est un sujet à la fois simple et compliqué, sur lequel on trouve peu d’informations. Ce post vise à vous donner une juste compréhension de la façon dont on caractérise un tissu, et donc les repères essentiels en termes de qualité.

Par contre, honnêtement, c’est un sujet assez complexe. Donc si vous voulez aller au plus simple, je vous recommande d’aller directement aux conclusions (ce qu’il faut retenir), et de lire éventuellement ce qui est en gras.

Quelques préalables fondamentaux.

Au départ, il y a la matière, qui peut être synthétique (polyester, nylon, viscose, …) ou naturelle (soie, coton, lin, laine, …).

Cette matière peut être -notamment- tissée, tricotée, ou intissée. Pour faire simple, on tisse en entrecroisant des fils. On tricote en entrecroisant des boucles. On « intisse » en agglomérant / collant des fibres. Le tricot, c’est aussi ce qu’on appelle la maille, le jersey … c’est l’univers des pulls et des t-shirts. L’intissé (ou textile non tissé) le plus connu est le feutre.

Ce post parle de tissage uniquement; et le tissage est donc quelque chose comme cela, un fil dit « de trame » qu’on fait passer dessus ou dessous des fils dits « de chaine »:

Il y a historiquement 3 grandes manières de tisser: toile, satin et sergé (twill en anglais). Elles se différencient par la façon dont on croise les fils et ont chacune de nombreuses variations. On peut maintenant combiner ces techniques, et grâce à l’informatique, programmer les métiers à tisser de manière beaucoup plus sophistiquée. Mais reste que l’immense majorité des tissus restent tissés de manière basique.

Pourquoi ces préalables sont importants est facile à comprendre: on ne peut pas comparer une toile de soie avec une toile de lin, car la matière est différente; ou comparer un satin de coton avec une gabardine de coton, car les tissages sont différents. Par contre, on peut comparer entre elles 2 toiles de coton, et généralement tout ce qui est de même tissage et de même matière.

Enfin, il importe d’avoir en tête que l’appréciation d’un tissu ou d’une matière est aussi liée à son histoire et sa géographie. La culture de la laine est anglo-saxonne (Angleterre / Flandres), celle de la soie est asiatique (Chine / Inde). Si nous prenons la laine, vous trouverez des critères d’appréciation différents chez les Anglais, les Américains, les Australiens … en plus des supers (super 100s, 120s, etc) qui sont plutôt internationaux. Pour compliquer encore, les anglo-saxons sont souvent restés sur verge (yard en VO) / pied / pouce pour les longueurs, ou les onces pour les poids … une bonne partie de l’Asie a été colonisée par les Anglais …. ce qui n’a toutefois pas empêché certaines mesures locales de devenir internationales (comme par ex. le mommé Japonais pour la soie). Et rassurez-vous, c’est au moins pareil pour les fils.

Dans l’absolu, un tissu s’évalue sur de très nombreux critères, objectifs et subjectifs.

Il y a tout ce qui est physique et mesurable, tout ce qui est afférent au toucher, aux couleurs, à la solidité (lavage, séchage, peluchage, déformation, résistance aux frottements, persistance des couleurs,….), à la facilité d’utilisation par les usines de confection, à la fonction (imperméable, imputrescible, infroissable, …), etc.

Voici un lien vers un autre post qui les explicite.

Mais l’élément le plus déterminant de la qualité finale d’un tissu, c’est la qualité de la matière première.

La matière, c’est le point de départ. Avec les tomates d’un jardin bien entretenu, bien ensoleillé, bien arrosé, et cueillies à maturité … et avec celles à 1er prix du supermarché, on ne fera ni la même salade, ni la même ratatouille. Et au-delà de la cuisine, le principe est vrai dans toute activité artisanale ou industrielle. Et si on va encore plus loin, celui qui achète une matière première de qualité – et en paie donc le prix-, la confiera forcément à une filature, puis à un tisseur qui ont le savoir-faire pour la mettre en valeur. En fait, c’est la clé de tout le reste, et c’est pourquoi les Hermès, Ermenegildo Zegna, Brunello Cucinellini, etc. y consacrent autant d’efforts.

Après, il y a un distinguo très important à faire entre la fibre synthétique et la fibre naturelle. La fibre synthétique a une production sous contrôle; c’est scientifique (physique / chimie); c’est fabriqué sur commande, selon un cahier des charges strict; et cela donne un résultat homogène; concrètement, un fil de nylon / polyester / etc. est uniformément rond, sur toute sa longueur. Dans le cas des fibres issues du vivant, qu’on parle d’animaux ou de plantes, le résultat est toujours variable, non uniforme, impur, … Même si tout est fait pour réduire les aléas au maximum, météo incluse. Donc là, la matière première, il faut bien la traiter, bien la nettoyer, bien la trier, etc. Et in-fine, pour les fibres naturelles, cela crée des écarts de prix conséquents entre le bas et le haut de gamme … et on les retrouve dans la laine, la soie, le coton, le cachemire, le lin, etc. Donc c’est pour les matières naturelles que la qualité de la fibre importe le plus.

Je ne détaillerai pas ici les différentes qualités de laine, soie, etc. Je l’ai un peu expliqué dans ce post pour le coton. Globalement, quelque soit la matière, une fibre plus fine, plus longue, plus homogène et moins ondulée donnera un meilleur fil … avec lequel on fera un meilleur tissu. Ce n’est évidemment pas toujours vrai, ni toujours pertinent, car cela dépend de ce qu’on fait et de pourquoi on le fait. A titre d’illustration du propos: on peut tisser du lin pour faire un torchon à essuyer la vaisselle … ou un drap où l’on dormira tous les jours … ou une chemise de grand couturier qui doit mériter son prix … Et de la même manière, on n’attend pas forcément la même douceur de laine pour un maillot de corps ou des chaussettes.

Le 2nd déterminant est la qualité du fil … à juger par rapport au résultat qu’on attend.

Comprendre les enjeux du fil est simple: pour faire un tissu, pour commencer, il faut aligner en parallèle des milliers de fils …  et en faire passer un autre dessus dessous. Donc, évidemment, plus le fil est solide, régulier, homogène, machinable, mieux c’est.

Le fil, c’est un truc un peu compliqué parce que chaque matière a gardé ses propres mesures … qui elles-mêmes sont séculaires, et ne sont pas directement liées à la qualité. Donc plutôt que d’avoir une norme unique et universelle (genre le diamètre en micron), les fils s’estiment par la longueur de fil qu’on obtient pour un poids donné … ou le poids d’une longueur donnée … genre, avec 1 kilo, est-ce que j’ai 1 mètre de fil ou 1 kilomètre de fil? Ce qu’il faut retenir avec ce principe (masse linéaire): plus le nombre du fil (qu’on appelle titrage) est élevé, plus le fil est fin … parce qu’on a plus de longueur pour, mettons, 1kg … La seconde chose à retenir est qu’on ne peut pas comparer les nombres d’une matière à l’autre.

C’est quoi un bon fil? En version simple, un bon fil, c’est une belle matière qu’on a longuement filé, et c’est celui qui est cohérent avec votre attente. Car, si on peut filer le coton de manière à ce qu’il s’approche de la soie, ce n’est pas forcément pertinent pour une chemise style Vichy, ou une chemise longue pour aller à la plage.

Pour l’expliquer cela en détail, prenons l’exemple du coton, qui est, et de loin, la matière naturelle la plus utilisée. Le titrage du fil peut varier grosso-modo entre 1 et 300. Avec un petit chiffre, on est dans le fil à tricoter ou la tapisserie, et à 300 dans l’ultra-fin fragile pour les chemisiers de luxe.

Le choix du fil dépend donc d’abord du projet: est-ce que je veux un coton pour faire une chemise … ou pour faire un tapis? Et si je prends la chemise, est-ce pour un PDG ou un bûcheron? Pour une chemise en coton, un fil avec un titrage entre entre 40 et 60 donnera quelque chose de « casual »,  plutôt décontracté, plus informel. Avec des titrages supérieurs, on va progressivement vers ce qui est plus raffiné. Un fil au-delà de 120 deviendra progressivement plus fin, fragile, plus facilement froissable …. et gagnera à être utilisé autrement (en retors, cf ci-dessous).

Derrière cette caricature PDG / bûcheron, dans le fil, il y a 2 critères très importants qu’il faut connaître: le nombre de « filés », et le nombre de torsions (twists per inch).

Commençons par le nombre de torsions. Un fil est constitué de petites fibres qu’on tord ensemble; et le twist mesure le nombre de torsions par unité de mesure. Concrètement, dans 1 cm, j’ai combien de torsions, en moyenne?

Pourquoi? Eh bien, théoriquement, plus il y a de torsions / cm, plus le fil est solide, homogène, machinable, élégant. Pour se représenter l’enjeu: les fibres ont un diamètre entre 15 ou 50 microns … pour le coton, elles ont une longueur entre cc 1.5 et 6 cm. En faire des fils longs et homogènes n’est pas si évident. Bien filer, c’est bien « torsionner », de  manière homogène, une fibre naturelle qui, par définition, n’est jamais totalement homogène. Cela demande du soin, et une vigilance soutenue. A contrario, faire un fil avec moins de torsions est plus facile, plus rapide, et moins coûteux … ca donnera un fil plus irrégulier, avec parfois trop de matière et donc des bourrelets (certes à peine visibles) à certains endroits … et en d’autres, au contraire, la matière manquera, ce sera fragile, et ça se déchirera un jour ou l’autre. Et forcément aussi, on devra faire l’ourdissage et le tissage de manière plus lâche pour que ça passe malgré tout.

Ensuite, le nombre de filés. Si je prends 2 fils très fins de 160, et que je les file pour n’en faire qu’un, j’obtiens un fil fait de 2 « filés » équivalent à 80 (2 fois plus épais). Qu’est ce que ça change? Même principe que pour le twist: le fil sera -théoriquement- plus solide et plus machinable. Dans le cas des retors, le fil final s’obtient en filant / torsionnant les fils simples dans un sens opposé, à savoir qu’on prend 20 filés tordus en Z (dans le sens des aiguilles d’une montre), et les tord ensemble en S (dans le sens contraire des aiguilles).

Cette technique rend l’ensemble plus stable … parce que les 2 sens de torsions s’annulent. On utilise le même principe pour les cordes ou les câbles. Avec cela, on obtient aussi, généralement, un tissu qui se froisse moins. Mais il y a 5 « mais »:

  1. tout dépend aussi de la qualité de la matière première et du nombre de torsions / cm;
  2. on peut aussi tout tordre dans le même sens, pour obtenir certains effets de lumière ou de texture, j’en parlerai un jour;
  3. à un moment, les filés sont tellement fins et fragiles, que le double retors, voire le triple ou plus ne compense pas. Certes, on aura toujours une apparence plus proche de la soie, mais on aura aussi un tissu qui se froisse assez rapidement;
  4. le retors doit être utilisé dans la trame et dans la chaîne … sinon il y a un déséquilibre;
  5. un fil simple a ses propres avantages.

L’avantage du retors fait à partir de fils ultra fins, c’est de rapprocher le coton de la soie. Mais déjà, ce n’est pas forcément ce que chacun veut en terme d’apparence. Ensuite, l’avantage du fil simple est de donner des tissus plus respirants, plus agréables à porter quand il fait un peu chaud.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que

  • les qualités s’additionnent: belle matière première + nombre de torsions élevé + retors = c’est globalement mieux, tant qu’on reste ce qui est raisonnable;
  • le bon fil dépend du projet, de votre goût ou choix d’allure: on peut souhaiter une apparence soyeuse, lisse, une coupe cintrée avec un tissu qui garde sa forme … ou au contraire, un style plus simple, plus naturel, plus authentique, plus souple, … Des goûts et des couleurs.

Pour bien évaluer un tissu, il faut donc idéalement avoir des informations sur 4 choses: la fibre, le fil, le tissage et les traitements d’apprêt.

Les spécifications doivent tout couvrir: la fibre, le fil, et le tissage, car tout est évidemment lié. On ne travaille pas le coton comme la soie. Pareillement selon que le fil est fin ou épais.

  • Fibre (ou filament):
    • quelle(s) nature(s): soie, coton, …
    • quelles dimensions (épaisseur, longueur, ….)
  • Fil:
    • quelles dimensions (diamètre ou poids au mètre, nombre de torsions par cm, nombre de filés, …)
    • quel mélange de fibre(s) / filament(s)
  • Tissage:
    • Technique de tissage
    • Nombre de fils par unité de surface (par ex: X fils / cm²)
    • Poids du mètre carré
    • Epaisseur
  • Traitements d’apprêt (mercerisage, sanforisation, …).

La densité de matière -assez régulièrement donnée- est plus un indicateur d’épaisseur ou de prix, que de qualité.

Concrètement, on parle ici de poids (grammes) par cm² de tissu. Et logiquement, plus il y a de matière (donc de poids) par cm², plus le tissu est cher.

Après, cet indicateur est assez bien corrélé avec l’épaisseur d’un tissu, et son usage:

  • < 100 g/m²: on trouve ici les tissus fins et/ou vaporeux: batistes, voiles, gazes, etc.
  • entre 100 et 170 g/m², ce sont généralement les tissus destinés à faire des chemises, des robes, … en coton, viscose, …
  • entre 170 et 230 g/m², ce sont surtout les tissus plus épais, pour pantalon ou veste légère type gabardine, les tissus en lin, ou ceux avec lesquels on peut faire des vêtements à forme plus structurée (donc moins plus épais, ou plus raide)
  • entre 230 et 340 g/m², on trouve les toiles Denim, les molletons, les toiles à sac, ….
  • au-delà de 340 g/m², on trouvera les draps de laine (à manteaux), les jeans épais, les tissus d’ameublement, les serviettes de bain, …

Par contre, il y a un « piège »: certains parlent de poids par mètre linéaire (g/ml). Cela correspond à un mètre de tissu coupé avec sa largeur en production …  qui est généralement de 1.40 m en Europe, mais cela varie beaucoup selon les pays (Inde, Japon, Chine, etc.). Donc concrètement, un tissu à 250 g/ml, s’il a une laize (largeur) de 1.4 m, a, en fait, une densité de matière de 250 / 1.4 =178 g/m².

Le thread-count (nombre de fils sur une surface donnée) -trop rarement donné en France- est plutôt un indicateur de qualité, mais …

Litt., c’est le compte de fils. A ne pas confondre avec le compte-fils, qui est justement une loupe graduée dont on se sert pour évaluer la trame d’un tissu. En France, le mot technique est contexture. On prend 1 cm2 de tissu, et on calcule le nombre de fils qui y passent, dans les 2 sens (horizontal et vertical).

Pour expliquer l’idée de manière simple … on prend un fil de coton fin. Si on le tisse de manière très lâche, on obtient une sorte de gaze. Si on tisse plus serré, on obtient quelque chose de doux, fin, léger, mais sans tenue, presque flasque, et un peu fragile. Si on le tisse au plus serré, on peut obtenir un drap d’hôtel 4 étoiles, très doux, à la fois ferme et souple, avec une belle tenue en main, durablement résistant aux frottements. Et dans tous ces cas, le tissu a exactement la même épaisseur; il est fait dans la même matière, avec une même taille de fil, c’est juste la densité de tissage qui change.

Le compte de fils est plutôt un indicateur de qualité car, pour faire simple, si le tissage est plus serré:

  • le tissu a plus de tenue, se déforme moins, se froisse moins;
  • on a plus de « contrôle », ça garde mieux les formes et volumes, la coupe;
  • ça s’use moins vite.
  • il y a un meilleur équilibre souplesse / raideur.

Mais il y a un plusieurs « mais », plusieurs nuances à apporter.

1. Tout dépend de ce qu’on veut obtenir, et un tissage plus « aéré » a ses propres avantages.

L’avantage d’une trame aérée, c’est la légèreté, c’est respirant, l’air circule. On retrouve ces avantages, par exemple, dans les gazes (simple ou double), la mousseline, ou encore le zéphyr pour les chemises. C’est très appréciable quand il faut chaud. Et il y a, ici aussi, de vrais savoir-faire, de vraies différences de qualité (cf ce post sur la gaze)

Les tissages « aérés » donnent aussi plus de latitude pour créer ou ajouter des effets de texture, utiliser des fils très différents, etc.

2. on peut tricher, car il n’y a pas de norme.

La triche, ou pour le moins l’ « astuce », c’est de multiplier artificiellement le nombre de fils en considérant qu’un fil double vaut 2  (ou qu’un fil triple vaut 3). Mais un fil double ne vaut jamais 2 fils différents sur le métier à tisser, ni ne vaut un fil simple plus épais. C’est juste différent, et tout est lié (matière, fil, tissage).

En outre, souvent, les fils « multiples » sont obtenus avec des fibres de coton de qualité moyenne ou médiocre … et souvent, on les double pour leur donner plus de solidité, et ainsi leur permettre de supporter de fortes tensions sur les métiers à tisser, mais c’est une qualité qui n’est pas aussi durable. Vous pourrez évidemment lire quelque chose qui vous suggère que le double retors est très bien, voire mieux … mais s’il n’y a rien d’écrit sur la qualité de la matière première, je vous recommande de questionner la qualité.

Enfin, sur le fond, quand on est Hermès ou Dior, on n’a pas besoin de préciser les spécifications; par définition et par devoir, c’est top. Au niveau en-dessous, ceux qui utilisent de la matière haut de gamme (coton à très longue fibre type Pima ou Giza, laine Mérinos de qualité ultra-fine, etc.) en parlent souvent avec fierté. Tout artisan, tout industriel et tout vrai connaisseur sait qu’ils sont dans le vrai. Encore une fois, c’est le point de départ de tout.

3. on ne peut pas interpréter le compte de fils sans connaître les autres paramètres

Il y a plusieurs autres facteurs qui influent sur le nombre de fils:

  • la matière (par ex, la fibre de lin est nativement plus épaisse que celle du coton)
  • le tissage (satin, sergé, toile);
  • le fil utilisé (dimensions, simple / double / triple, …)
  • et le résultat qu’on attend.

Reste que le compte de fils est un critère pour faire la différence entre 2 tissus similaires. Prenons par exemple un tissu 100% coton à 150g/m² … il peut être obtenu soit en tissant très serré un fil relativement fin … soit en tissant de manière plus lâche un fil plus épais. Dans le 1er cas, ce sera plutôt une popeline haut de gamme, douce, lisse, soyeuse; dans le 2nd cas, ce sera plutôt une cretonne, plus polyvalente en terme d’utilisation, mais de qualité moyenne, au toucher plus rêche; à la tenue moindre. Et ce qu’il faudra choisir dépendra de votre besoin, et bien sur de votre budget.

Un compte de fils se donne avec 2 chiffres: nombre de fils de chaine et nombre de fils de trame par cm². Généralement, il y a plus de fils de chaine (ceux qui sont tendus sur le métier à tisser) que de fils de trame (ceux qu’on passe entre les précédents). Et généralement, pour un nombre de fils de chaine par cm donné, plus il y a des fils de trame, meilleure est la qualité (solidité, finesse, se froissant moins, …).

Enfin, pour finir, quelques repères pour un tissage toile avec du coton (ce qui couvre aussi popeline, percale, chambray, etc.), avec environ 30 fils/cm², on est plutôt dans la bonne qualité; dans les 60, dans la très belle qualité. A 80 / 90, cela peut être luxueux. Tout cela, évidemment, à nuancer suivant la qualité de la matière, et les spécifications du fil.

Le pays de fabrication est aussi un repère partiel (et partial).

De manière simple, pour rester rentable et compétitive, une usine dans un pays dit « développé » doit impérativement faire de la qualité, ou pour le moins avoir un savoir-faire particulier. Donc un tissu fabriqué, à titre d’illustration, en France, Italie, Corée, Japon, Etats-Unis, etc. est très probablement un tissu de qualité. Et cela ne veut absolument pas dire qu’un tissu fabriqué dans un autre pays est obligatoirement de qualité moyenne ou médiocre.

Quelles sont les spécifications minimales à demander pour un tissu?

Les spécifications minimales, au-delà des consignes de lavage et de séchage, c’est:

  • la composition (avec le % de chaque fibre);
  • le titre du(es) fil(s) utilisé(s), donc les dimensions, et le nombre de filés utilisés pour faire 1 fil (1, 2, ou 3)
  • le nombre de fils par unité de surface (ou sinon, à défaut, les nombre de duites et fils de chaine par cm).
  • le poids par unité de surface
  • le(s) traitement(s) d’apprêt

Et attention, une mesure sans unité ne vaut rien.

Que retenir de tout cela?

Le premier objectif de ce post est de vous permettre de ne pas prendre les vessies pour les lanternes, et de mieux trier le grain de l’ivraie.

Quand on veut acheter un vêtement ou un accessoire, il faut d’abord avoir les idées claires sur ses propres attentes. Genre, si j’achète un T-shirt ou une chemise en coton, est-ce une pièce nécessaire mais sans vraie importante, que je suis prête à changer, selon mon humeur ou les modes, si ça coûte pas grand chose? Ou un basique de qualité sur lequel je veux pouvoir compter régulièrement pour composer mes tenues, et pendant quelques temps? Ou un élément qui doit exprimer ma personnalité, mon goût? Ou quelque chose qui doit, par principe, être de qualité ou haut de gamme? Le bon choix dépendra toujours de votre attente.

Si vous cherchez la qualité maximale, ou le rapport qualité / prix, il y a 5 choses à retenir:

  1. il n’y a rien de bien ou de mieux, tout a ses avantages et inconvénients; donc je répète: le bon choix pour vous dépend de ce que vous voulez
  2. un tissu, c’est a-minima une histoire de matière, de fil et de tissage.
  3. si vous cherchez la qualité, le point de départ de tout, c’est la qualité de la matière première (quand on parle de matière naturelle); et toute matière naturelle (coton, lin, laine, soie, cachemire, ramie, etc.) a ses fibres / filaments bas et haut de gamme.
  4. si quelqu’un vous vante les bénéfices d’une caractéristique, sans évoquer les autres (cf post ci-dessus), soyez méfiant(e)
  5. dans le textile, le prix n’est pas du tout un indicateur fiable de qualité.

Dans l’absolu, il ne faut tomber ni dans la sur-qualité, ni dans la sous-qualité; dans les 2 cas, on perd son temps et son argent. Alors vu qu’un tissu, c’est complexe, comment faire? 3 suggestions.

1. Il vaut toujours le coup d’avoir un tête un solide repère qualité / prix. Quelques exemples pour un simple T-shirt monochrome en coton: Uniqlo les propose en coton Supima à 13 Euros. C’est 17 Euros chez Everlane, régulièrement cité parmi les meilleurs T-shirts par Vogue, Esquire, etc. Dans les 2 cas, ça vit plutôt longtemps. Donc si vous payez 2 ou 3 ou 50 fois plus cher, est-ce vraiment 2 fois, 3 fois, ou 50 fois mieux, à vos yeux, de manière objective (dans l’absolu, dans savoir quelle marque a fait quoi)?

2. Si on vous loue une qualité, questionnez sur les autres spécifications et demandez des faits, des chiffres précis. Si la réponse est vague, allez voir ailleurs et comparez. Si elle est concrète et précise, a minima, ça tend à prouver que les responsables savent ce qu’ils achètent, que les équipes sont relativement bien formées, et que la qualité est probablement sous contrôle et assumée.

3. Sur le fond, la qualité n’est pas forcément beaucoup plus chère, mais il faut accepter de passer du temps à la comprendre, à la chercher, à lire les avis … accepter aussi d’aller voir ceux qui travaillent en circuit court, et proposent ainsi des produits finis de qualité supérieure à prix très compétitifs.

Les tissus, c’est compliqué, parce qu’il y a plein de critères objectifs, et plein de critères subjectifs. Alors en apprendre toutes les subtilités demande du temps … par contre, un compte-fils ne coûte qu’une 15aine d’Euros, et ça permet, progressivement, de mieux voir et comprendre leur nature plus profonde, et le lien avec la qualité finale. Et ainsi, de moins subir ou succomber à ce qui est subjectif, en regrettant après ce qui est objectif (déformation, peluches, dégradation des couleurs, …).

Espérant que cela vous sera utile ….

PS et NB: si je suis une inconditionnelle des tissus Hermès, j’achète aussi chez Uniqlo et H&M.

PS2: Si vous avez des questions ou remarques, n’hésitez pas, il y a 0 pub, et l’objectif est uniquement que cela soit utile.

 

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