Conseils Pratiques

Chaleur, Transpiration, Tissus – Pourquoi peut-on lire tout et son contraire?

Si vous tapez, dans votre moteur de recherche favori, « comment s’habiller quand il fait chaud », vous tomberez plutôt sur des sites de mode ou de presse féminine, et lirez souvent qu’il faut privilégier les matières naturelles et éviter le synthétique (polyester notamment). Mais si vous tapez par exemple « vêtement respirant » ou « vêtement tropiques », vous tomberez souvent sur des informations plus techniques, et là, c’est le synthétique (polyester notamment) qui est … « chaudement » recommandé. Alors quoi croire?

Pourquoi trouve-t-on des informations si contradictoires?

Il faut regarder qui vous parle, et dans quel but.

Pour convaincre, un vendeur d’articles de sport vous donnera des arguments « scientifiques », évoquant la « performance ». Ces informations sont données par les fabricants, qui ont des équipes chargées de trouver les infos qu’il faut pour vendre. Concrètement, si un fabricant décide de faire une étude scientifique pour tester l’efficacité contre le froid de sa doudoune synthétique contre une doudoune en duvet, et que le résultat est en faveur du duvet, l’étude ne sera évidemment pas publiée. Par contre, on dira que la doudoune synthétique craint moins l’eau que celle en duvet naturel, qu’elle a telle résistance thermique, tel pouvoir gonflant, etc. L’info, d’ailleurs, sera ni vraie, ni fausse … en fait, elle est vraie dans les conditions très particulières et très contrôlées du test et du labo (et pas en extérieur comme la vraie vie) …. un test qui n’est pas forcément « toutes choses égales par ailleurs » (genre je compare une épaisse doudoune synthétique avec une fine doudoune de duvet) … et qui ne mesure pas forcément quelque chose de pertinent (on peut avoir très chaud avec une doudoune et un épais tweed ou un feutre de laine, ce qui prouve facilement que chaleur et pouvoir gonflant ne sont pas corrélés). Bref, l’important est ici de vous donner une info qui vous donne l’impression de faire un bon choix, d’être un meilleur athlète ou un acheteur averti … mais n’oubliez jamais que derrière, il y a des équipes de marketing et d’ingénieurs, qui réfléchissent ensemble et font plein de tests pour trouver les bons mots et les bons chiffres pour vous convaincre. En plus, comme les arnaques sont très rares, le produit sera globalement satisfaisant, et vous vous conforterez dans votre choix … car se déjuger est toujours désagréable, ce serait admettre que vous avez eu tort ou vous êtes fait avoir. Mais, pour information, dès qu’on est sur du ressenti (transpire moins, peau mieux hydratée, … ), l’effet placebo dépasse facilement les 70%, et peut atteindre plus de 90%. Concrètement, cela veut dire qu’au moins 3/4 des gens vont « sentir » un effet positif alors que le produit est neutre et sans effet (encore une fois, sur des mesures de ressenti). C’est connu de tous les chercheurs. Le rôle d’une étude sérieuse est de montrer que l’effet du produit testé est significativement supérieur à Placébo. Mais quand vous regardez les pubs, on vous dit souvent genre 80% des gens se sentent mieux … le score qui s’obtient facilement avec un placébo … les gens sont trop crédules? oui, bien sur, chacun tend à penser que placébo, c’est les autres 😉

A contrario, si je suis un fabricant de pull en cachemire, je vais raconter que ma fibre permet à une race de chèvre de vivre dans le froid des hautes altitudes himalayennes, et je m’arrêterai là car c’est une histoire à la fois jolie et convaincante. Et si je veux vendre des chemises en plein été, je sais que la marque, le style, le prix, le ressenti au toucher compteront plus que des mesures de vitesse de séchage, ou de conductivité thermique. Donc je n’achèterai pas d’études en laboratoire pour prouver ce que je dis. Et si je veux rédiger quelque chose à ce sujet, en tant que vendeur, journaliste ou blogueur, je voudrais surtout générer de l’émotion et de l’empathie, donc je privilégierai un texte accrocheur, des belles photos, des anecdotes, …

Quelques illustrations simples et concrètes avec les vestes imperméables / respirantes.

Les vestes (Gore-tex, Event, ….) ne sont pas si respirantes: si je sors marcher avec par une belle journée d’été, eh bien je transpirerai plus avec que sans. Même si je l’ouvre. Et tout le monde peut le vérifier. Ce n’est pas une question de couche supplémentaire (eg. les Bédouins se protègent de la chaleur du désert avec 2 couches). C’est lié aux différences entre les conditions particulières du(es) test(s) en laboratoire, les théories présentées, et une situation de la vraie vie.

Elles sont imperméables et il faut un déperlant en surface, sinon ca se … gorge d’eau (si, si, vous lirez!) … Un déperlant sur du polyester, qui est un matériau « naturellement » imperméable et hydrophobe?? Mais si j’applique un déperlant / imperméabilisant (Kiwi, Scotchguard, Nikwax, …) sur mon caban ou trench, ca compare comment? D’ailleurs, Thomas Burberry a construit son succès en découvrant comment fabriquer un imperméable particulièrement efficace en  …. coton. Et quoi penser des cotons cirés ou huilés (type Barbour)? Et puis, comment s’habillent les marins contre la pluie?  Et pourquoi de plus en plus de gens optent pour des 1ères couches en laine, donc à même la peau, même quand il fait chaud? Ben, peut-être qu’il y a de très bonnes raisons de le faire. Etc, etc.

Finalement, et avant tout, il importe de comprendre les basiques éprouvés du « comment ça marche ». Sans oublier ce qui a fait ses preuves depuis des millénaires (genre, la soie est la protection naturelle d’un ver qui veut survivre et se protéger dans un environnement chaud et humide). Car nous avons toutes en nous l’envie profonde d’être plus belle, plus mince, plus sportive, plus performante …. et cela nous rend prêtes à croire les arguments qu’ont ciselé pour nous des équipes de marketing et d’ingénieurs, et que notre séduisant vendeur a du parfaitement apprendre, réponses aux objections incluses.

PS: le post suivant rappelle quelque chose qu’on tend trop à oublier: comment le corps se défend contre la chaleur?

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